Solidarité et Générosité : pas la même chose.

Lors d’une discussion sur un forum, il m’a été dit à propos de Solidarité et Générosité : « La différence entre générosité et solidarité, c’est que la première est individuelle et la seconde collective. Ce qu’elles ont en commun, c’est le désintéressement. En l’occurrence [Haïti], le désintéressement c’est de ne pas s’intéresser aux raisons pour lesquelles les personnes ou les peuples ont besoin d’être aidés. » Définition avec laquelle je n’étais pas d’accord et qui a motivé la réaction ci-dessus.

Heureusement, André Comte-Sponville vient à ma rescousse : « Être généreux, c’est prendre en compte les intérêts de l’autre, quand bien même on ne les partage aucunement. (..) Être solidaire, à l’inverse, c’est prendre en compte les intérêts de l’autre, parce qu’on partage ces intérêts : vous ne lui faites du bien que parce que cela vous en fait aussi (..). La générosité est désintéressée ; la solidarité ne saurait l’être (c’est une convergence d’intérêts). La générosité est le contraire de l’égoïsme. La solidarité serait plutôt sa régulation socialement efficace : être solidaire, c’est être égoïste ensemble et intelligemment plutôt que bêtement et les uns contre les autres. C’est pourquoi la générosité, moralement, est plus admirable. Et la solidarité, socialement, beaucoup plus efficace. » Mais, de quelle « morale » s’agit-il ?

Mais un autre philosophe, Michel Terestchenko, dit : « Il n’est aucune raison de postuler a priori le caractère intéressé ou « égoïste » de la solidarité (qui serait simplement une mutualisation des risques), par opposition au caractère désintéressé de la générosité. La générosité est une libéralité dépensière, comme le trop plein de l’être qui se répand, qui donne et se donne, par excès. Cet aspect est absent dans la solidarité qui résulte du sentiment d’une appartenance commune et de la conscience d’un lien. C’est en ce sens que les montagnards parlent de la solidarité d’une cordée. La générosité, c’est l’un qui donne (de son temps, de l’argent, etc.); la solidarité est plutôt de l’ordre du don et du contre don. Mais pourquoi y voir nécessairement un calcul prudentiel ? Il me semble que la différence tient davantage à la nature de la relation (à sens unique dans un cas, mais non dans l’autre) qu’à la nature désintéressée ou non de l’intention : la solidarité, il est vrai, tisse davantage de lien social que la générosité. »

Pour moi, être solidaire c’est se promettre assistance mutuelle si l’une des personnes vient à se trouver dans le malheur. Il s’agit donc d’une promesse, voire d’un contrat. Être généreux, c’est un don, sans aucun espoir de réciprocité, même si – bien sûr – la générosité est souvent récompensée en retour ; mais si l’on pense à sa « juste » future récompense, ce n’est plus du don, c’est du calcul…
Donc, lorsqu’on est solidaire de quelqu’un, on s’intéresse aux causes qui font qu’il a besoin d’être aidé. Et, s’il s’avère qu’il a pris des risques inconsidérés et sans prévenir l’autre, il a – en quelque sorte – rompu sa promesse en déséquilibrant le « couple ». Quelle tête feriez-vous si votre conjoint vous avouait brutalement qu’il a joué et perdu tout ce que vous possédiez et que vous vous trouvez tous deux à la rue ?

Dans le cas de la Grèce, que l’Europe renfloue, il ne s’agit pas de générosité mais de solidarité. Et tout le monde voyait bien qu’elle courait à la ruine… et les autres Etats d’Europe sont bien coupables de l’avoir laissée faire. Mais pouvaient-ils vraiment y faire quelque chose ? Surtout que la France suit la même pente… Bref, elle a été la première victime d’un aveuglement collectif.

Mais, pour revenir à la Solidarité et à la Générosité, la deuxième n’est possible que si la Solidarité est bien gérée et dégage des excédents, c’est-à-dire si chaque membre du contrat social n’abuse pas et ne dilapide pas les moyens payés par l’ensemble de la communauté pour soigner des maux qui auraient pu être évités. Bref, fumer, boire de trop, faire du ski hors piste, prendre des risques en voitures, faire l’amour avec des inconnus sans préservatifs, etc., ce ne sont pas des attitudes solidaires. Et l’argent économisé pourrait servir à être généreux envers ceux qui souffrent de maladies rares ou ceux qui souffrent dans le monde. Mais bon, ce que j’en dis, c’est que des conneries, paraît-il…

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