Affreux…

Je ne supporte pas cette chanson « Quatre murs et un toit » de Bénabar… Elle me fait pleurer, à chaque fois. Elle m’est insupportable… La représentation du bonheur simple et de son impermanence… Et ce que cela veut dire de promesses perdues, définitivement… pour moi. Les larmes coulent sur mes joues… Au moins ai-je pu, enfin, l’affronter, l’écouter volontairement plutôt que l’entendre par surprise à la radio en voiture et – la reconnaissant – changer de station au plus vite. Le temps qui passe et qui dévore tout… Avec un rythme et une tonalité qui mélangent un semblant de gaieté avec une vraie tristesse. Rhaaaaa !! Quelle est affreuse, cette chanson… et si efficace pour ranimer ma mélancolie, et ma tristesse… Merci, Bénabar, malgré mes larmes… Cette chanson est magnifique. Le bonheur (idéalisé et simplifié, bien sûr) de la famille… perdue. Il faut accepter de raviver sa tristesse et sa mélancolie, et pleurer – encore, pour mieux s’en guérir et … songer de nouveau au bonheur. Lequel ?
« Les enfants… à table ! »………..et personne qui répond…

Un terrain vague, de vagues clôtures, un couple divague sur la maison future.
On s’endette pour trente ans, ce pavillon sera le nôtre, et celui de nos enfants corrige la femme enceinte.
Les travaux sont finis, du moins le gros œuvre, ça sent le plâtre et l’enduit et la poussière toute neuve.

Le plâtre et l’enduit et la poussière toute neuve.

Des ampoules à nu pendent des murs, du plafond, le bébé est né, il joue dans le salon.
On ajoute à l’étage une chambre de plus, un petit frère est prévu pour l’automne.
Dans le jardin les arbres aussi grandissent, on pourra y faire un jour une cabane.

On pourra y faire un jour une cabane.

Les enfants ont poussé, ils sont trois maintenant, on remplit sans se douter le grenier doucement.
Le grand habite le garage pour être indépendant, la cabane, c’est dommage, est à l’abandon.
Monsieur rêverait de creuser une cave à vins, Madame préfèrerait une deuxième salle de bain.

Ça sera une deuxième salle de bain.

Les enfants vont et viennent chargés de linge sale, ça devient un hôtel la maison familiale.
On a fait un bureau dans la p’tite pièce d’en haut, et des chambres d’amis, les enfants sont partis.
Ils ont quitté le nid sans le savoir vraiment, petit à petit, vêtement par vêtement.

Petit à petit, vêtement par vêtement.

Ils habitent à Paris des apparts sans espace, alors qu’ici il y’a trop de place.
On va poser tu sais des stores électriques, c’est un peu laid c’est vrai, mais c’est plus pratique.
La maison somnole comme un chat fatigué, dans son ventre ronronne la machine à laver.

Dans son ventre ronronne la machine à laver.

Les petits-enfants espérés apparaissent ; dans le frigo, on remet des glaces.
La cabane du jardin trouve une deuxième jeunesse, c’est le consulat que rouvrent les gosses.
Le grenier sans bataille livre ses trésors, ses panoplies de cow-boys aux petits ambassadeurs,
qui colonisent pour la dernière fois la modeste terre promise, quatre murs et un toit.

Cette maison est en vente comme vous le savez, je suis, je me présente, agent immobilier.
Je dois vous prévenir si vous voulez l’acheter, je préfère vous le dire cette maison est hantée.
Ne souriez pas Monsieur, n’ayez crainte Madame, c’est hanté c’est vrai mais de gentils fantômes.
De monstres et de dragons que les gamins savent voir, de pleurs et de bagarres, et de copieux quatre-heures,
“finis tes devoirs”, “il est trop lourd mon cartable”, “laisse tranquille ton frère”, “les enfants : à table !”.

Écoutez la musique, est-ce que vous l’entendez ?

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