« Le bonheur, désespérément »

Je viens de finir le petit livre « Le bonheur, désespérément » d’André Comte-Sponville. C’est un livre formidable !! Sur un sujet si important, mais si difficile, ACS apporte une grande lumière, avec une façon d’expliquer simple et claire. En le lisant, on voit clairement sa pensée (qui est celle d’une longue tradition) et toutes les nuances. Il me faudrait relire les passages que j’ai notés pour essayer d’en faire une synthèse qui ne dénature pas sa pensée… et je n’ai pas le temps ; alors je donne des extraits :

Citation du Mahâbhârata : « Seul est heureux celui qui a perdu tout espoir ; car l’espoir est la plus grande torture qui soit, et le désespoir le plus grand bonheur. »
Ici, pour ACS, « désespoir » signifie : arrêter d’espérer/rêver obtenir le bonheur dans le futur, plutôt que de le prendre dans le présent. Plutôt essayer de le construire, en ne confondant pas ce qui dépend de notre volonté et ce qui ne dépend pas de notre volonté, de notre pouvoir de changer les choses.

« Il ne s’agit pas de vivre dans l’instant : il s’agit de vivre au présent, on n’a pas le choix, mais dans un présent qui dure, qui inclut un rapport présent au passé (la mémoire, la fidélité, la gratitude) et un rapport présent à l’avenir (le projet, le programme, la prévision, la confiance, le fantasme, l’imagination, l’utopie, si vous voulez, à condition de ne pas prendre ses rêves pour la réalité). La sagesse n’est ni amnésie ni aboulie. Cesser d’espérer, ou espérer moins, ce n’est pas cesser de se souvenir ni renoncer à imaginer et à vouloir ! »

« Nous ne cessons d’être séparés du bonheur par l’espérance même qui le poursuit. »

« Espérer, c’est désirer sans jouir »
« Espérer, c’est désirer sans savoir »
« Espérer, c’est désirer sans pouvoir »
« Qu’est-ce que l’espérance ? C’est un désir qui porte sur ce qu’on n’a pas (un manque), dont on ignore s’il est ou s’il sera satisfait, enfin dont la satisfaction ne dépend pas de nous : espérer, c’est désirer sans jouir, sans savoir, sans pouvoir. »

Spinoza : « Plus nous nous efforçons de vivre sous la conduite de la raison, plus nous faisons effort pour nous rendre moins dépendants de l’espoir. »

Sénèque : « Quand tu auras désappris à espérer, je t’apprendrai à vouloir/agir. »

« Le contraire d’espérer, c’est savoir, pouvoir et jouir. C’est aussi ce qu’on appelle le bonheur… »

Pour ACS, « désespérer, c’est arrêter d’espérer vainement » et ce n’est pas « l’extrême du malheur ou l’accablement dépressif ». « Désespoir = absence d’espoir ».

Chamfort : « L’espérance n’est qu’un charlatan qui nous trompe sans cesse ; et, pour moi, le bonheur n’a commencé que lorsque je l’ai eu perdue ».

Jules Renard : « Je ne désire rien du passé. Je ne compte plus sur l’avenir. Le présent me suffit. Je suis un homme heureux, car j’ai renoncé au bonheur. » ACS : « Renoncer au bonheur ? C’est la seule façon de le vivre : en cessant de l’espérer ! »

« La faim est un manque, une souffrance, une faiblesse, un malheur ; l’appétit est une puissance et un bonheur »

« L’amour est désir, mais le désir n’est pas manque. Le désir est puissance : puissance de jouir et jouissance en puissance ! »

« Le contraire d’espérer, c’est connaître, agir et aimer. »

Alain : « Le sage est sage non par moins de folie, mais par plus de sagesse. » ACS : N’essayez pas de vous amputer de votre part de folie, d’espérance, donc d’angoisse et de crainte. Apprenez plutôt à développer votre part de sagesse, de puissance, autrement dit de connaissance, d’action et d’amour.

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2 Réponses to “« Le bonheur, désespérément »”

  1. prinsessan Fluflu Says:

    Le bonheur vient de l´attention aux petites choses,
    et le malheur de la négligence des petites choses. Liou Hiang

  2. trex58 Says:

    Effectivement, il y a de nombreuses « formules » concernant le bonheur, que ce soit à l’Occident et – surtout – à l’Orient. Mais, en-dehors d’une belle phrase, il y a tout le raisonnement avant qui permet d’en saisir le sens profond : faire du sens, qui nous touche en profondeur. L’intérêt de ce petit livre, qui est la transcription d’une conférence donnée en 1999, est dans sa fluidité et sa simplicité. On y trouve aussi le souci de la précision du sens des mots utilisés. Et on se rend compte – ce n’est pas nouveau, bien sûr – de la difficulté d’exprimer nos pensées au moyen de notre langage – fut-il riche et précis comme le français. D’où l’importance de définir les mots et d’éclairer ces définitions par des exemples concrets. ACS parle crûment de la sexualité masculine, par exemple.
    En tout cas, ces « petites choses », ces « moments simples » sont – effectivement – l’essence du bonheur. Reste à être suffisamment « calme » pour les voir et les apprécier… « prêter attention à » et « ne pas négliger » : à conjuguer 100 fois !

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