Tolérance

Je reviens sur la notion de « tolérance ». Que signifie ce mot ? Que signifie le verbe « tolérer » ?

Que tolère-t-on ? Une situation, une façon qu’ont les autres de voir le monde ou d’agir sur ce monde.
Tout d’abord, si l’on tolère quelque chose, c’est qu’on n’est pas en accord avec cette chose. Sinon, c’est soit qu’on l’accepte, soit qu’on en est indifférent. Tolérer, ce n’est pas être indifférent. Certes, on peut être indifférent à la couleur du pull choisi par son voisin, mais cela ne veut pas dire qu’on le tolère. Mais il semble inconcevable d’être indifférent au meurtre, au viol, aux massacres. Pourtant, on tolère bien d’ôter la vie lorsque cela soulage : l’euthanasie. Donc, lorsqu’on tolère quelque chose, c’est parce qu’on y est naturellement opposé, c’est parce que cela va à l’encontre de sa façon de penser le monde, à l’encontre d’une morale, ou d’une éthique, mais – malgré tout – on juge qu’il vaut mieux ne pas le combattre. Le contraire de la tolérance, c’est l’intolérance. Il y a l’intolérance absolue : appliquée par ceux qui ne supportent rien de ce que font les autres ; cette intolérance est intolérable. Peut-il y avoir une tolérance absolue ? Non, car on ne peut pas – justement – tolérer l’intolérable, donc on ne peut pas tout tolérer ; on ne peut pas tolérer les massacres et les actions dangereuses des autres pour soi et les siens. Donc, pour la tolérance comme pour l’intolérance, il y a une limite. La tolérance n’est donc pas une vertu absolue, qu’il faudrait toujours observer. La tolérance nécessite une réflexion. Savoir ce qui est tolérable ou intolérable, c’est de la philosophie. Alors, si on est contre une situation, pourquoi la tolérer, au lieu de se battre contre elle, pourquoi ne pas être intolérant ? Parce que, chaque fois qu’on décide si on tolère ou pas une situation, on essaye de mesurer les conséquences de chacun des deux choix : si je tolère une situation, cela entraînera-t-il plus ou moins de souffrances que si je la combats ? Tolérer quelque chose, c’est le choix qu’on fait après avoir réfléchi et qu’on pense avoir trouvé où est le « moindre mal ». Tolérer une situation, c’est penser que la combattre engendrerait plus de souffrance que de laisser faire ; ou bien c’est penser que cette situation empêche l’apparition de quelque chose de pire. Donc, la tolérance n’est pas universelle parce que chacun juge de la limite du « moindre mal » selon différents critères et que tout le monde n’est pas d’accord sur le bien-fondé de ces critères. Tolérer est facile si l’on n’a pas réfléchi aux conséquences possibles d’une situation ; tolérer une situation sans avoir réfléchi à ses conséquences ? c’est intolérable. Mais peut-on être sûr qu’on a fait le bon choix, être certain qu’une situation aboutira finalement à plus de souffrance que si on la combat ? Non. Il faut donc continuellement confronter son point de vue avec celui des autres et comprendre si leur position est construite sur du sable ou sur du solide. Il faut continuellement remettre en cause sa pensée en intégrant de nouvelles informations. Bref, savoir s’il faut tolérer ou pas, c’est philosopher. Mais la souffrance est-elle la même pour tous ? Finalement, choisir de tolérer ou de combattre, cela implique de comprendre ce qu’est la souffrance, pour soi et chez les autres. Empathie ? Compassion ? Alors, on peut à la fois être tolérant et intolérant, pour différentes choses.

Alors, quand je dis que je suis intolérant envers les religions, cela veut dire que, de mon point de vue, les religions ont fait la preuve que, globalement, elles engendrent plus de mal que de bien : leur bilan est négatif sur la vie des Hommes, la souffrance est plus importante. Les religions aident chacun à vivre, dans une petite folie, et à supporter la vie et la mort, mais au prix d’un renoncement à penser : une solution pré-mâchée est offerte et elle doit être acceptée sans la liberté de la remettre en cause. Alors qu’être véritablement humain, c’est vouloir constamment découvrir et comprendre le monde. Vivre en Homme, c’est philosopher : réfléchir à ce qu’est le monde, accroître ses connaissances, structurer sa pensée, la vérifier par différents moyens et en analysant ce que pensent les autres, ne pas vivre sans se poser toute sa vie des questions, et ne pas accepter sans preuve comme vrai ce que les traditions nous disent. Être un Homme, c’est être éternellement cet enfant qui posait sans cesse des questions sur le monde : « Pourquoi ? Comment ? » Les religions ont engendré tant de souffrances, tant de massacres, et depuis si longtemps qu’il me semble évident qu’elles ont fait la preuve de leur dangerosité ; le mal est au coeur de leurs textes. De plus, elles ne peuvent pas changer, car elles interdisent le changement de leurs dogmes. D’autre part, face à des Religions qui sont – par nature – intolérantes envers celui qui ne croit pas (le mécréant), il faut être intolérant. La position classique de l’Athée qui tolère les religions est celle du fou qui laisse grandir un fauve dans sa maison : un jour, le fauve le mangera, parce que c’est sa nature ; la nature des Religions (monothéistes essentiellement) est de croître et de combattre ceux qui ne croient pas, par peur que leurs brebis soient contaminées et ne s’échappent du troupeau, ayant pris goût à la liberté. Les religions sont des parasites qui survivent au mépris des êtres qu’elles parasitent. D’autre part, de mon point de vue, les religions sont le reliquat d’un mode de pensée du monde qui est dépassé : elles sont le fruit d’une vision du monde imaginée à une époque où les Hommes n’avaient aucune idée du fonctionnement réel du monde : ils l’ont imaginé, de bric et de broc. Les religions étaient une étape dans l’évolution de l’Homme. La Science a balayé toutes leurs hypothèses sur l’origine du monde et sur son fonctionnement. Les Sciences ont tué les Religions : il n’y a pas de Dieu, ni de vie après la mort. Elles ne survivent que par le fait qu’elles véhiculent des notions, étrangères à l’idée de Dieu, qu’elles ont empruntées à la spiritualité (que faire de sa vie ?) et aux règles de vie que les Hommes doivent s’imposer entre eux pour vivre en Société, et par le fait que ces notions (rites, morale, …) sont indispensables à l’Homme, et aussi parce qu’elles sont un outil bien pratique à certains hommes pour en dominer et asservir d’autres. Bref, les Religions sont un assemblage de concepts. Certains de ces concepts doivent être réutilisés pour fonder une vision moderne du monde, bâtie sur nos connaissances actuelles et constamment remises en cause par les nouvelles découvertes : une Religion athée ayant pour principe premier qu’aucune vérité n’est définitivement acquise, et que rien ne doit être accepté sans preuve : croire sans preuve est folie. Certains de ces concepts doivent être impitoyablement combattus. Les Religions sont insupportables parce qu’elles mettent la femme plus bas que l’homme, alors qu’une femme ne peut être belle que libre et l’égale de l’homme. Les religions sont insupportables parce qu’elles s’imposent aux enfants alors qu’ils sont incapables de comprendre et de choisir. Les religions sont insupportables parce qu’elles poussent les Hommes à négliger la vie réelle pour l’espoir d’une vie rêvée après la mort, les rendant fous dans cette vie. Enfin, les Religions sont insupportables parce qu’elles posent comme axiomes fondamentaux : 1) un Dieu existe et décide de mon destin; 2) il y a une vie après la mort; 3) Vous ne devez lire et croire qu’un seul livre, parce qu’il dit tout ce qu’il y a à savoir; 4) il est interdit de remettre en cause les axiomes.

Mais tout ceci amène à un « désenchantement » du monde. Insupportable pour certains. Comme leur est insupportable l’idée de leur finitude et de leur disparition totale et définitive dans le trou noir de la mort.
Accepter.

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8 Réponses to “Tolérance”

  1. Guillaume Says:

    Très bon texte, merci.

    Je note que mon idée comme quoi la tolérance requiert la non-acceptation te plaît 🙂

  2. Tony Says:

    Ah ! Je n’y pensais plus ! Ce texte est ma réaction à une discussion avec l’ami de ma voisine, qui semble croire en la tolérance de tout et n’importe quoi.
    Mets-moi le lien vers ton texte, que je le relise !
    Sinon, lis le magazine « Philosophie » de Février : on en parle au début.

  3. Guillaume Says:

    Mon texte, je ne sais plus. Je sais c’était dans un commentaire ici, mais je n’ai pas réussi à le retrouver. Ça doit avoir entre 1 et 3 mois je dirais (je n’ai aucune notion de temps…)

  4. Guillaume Says:

    https://trex58.wordpress.com/2009/11/30/minarets-ou-pas/#comment-307

    Ici ! 🙂

  5. trex58 Says:

    Oui, merci pour le lien. Oui, tu avais très bien commencé sur ce sujet. En fait, quand les gens pense « tolérance », ils pensent : « gentillesse », ou « acceptation sans vérification ». Bref, ils se disent : « tout le monde il est beau il est gentil » sans imaginer le moins du monde que ce qu’est l’autre, ce n’est pas seulement une différence, mais cela peut aussi être un danger. Cela doit aller avec les coutumes chrétiennes : on te frappe sur la joue gauche ? Tends la joue droite !

    Oui, si on tolère quelque chose, c’est qu’on n’est pas d’accord avec, mais qu’on se force dans l’espoir qu’il en sortira un moindre mal que si on le combat. Ou alors, on tolère quelque chose en sous-estimant sa dangerosité.

    Bref, la tolérance, c’est bien plus compliqué que ce que les gens en pensent. Mais qui va s’emmerder, en 2010, à se poser des questions sur le sens réel et profond des mots. Qu’est-ce qui passe comme connerie à la télé ce soir et que 10 millions de personnes regardent pour s’abrutir un peu plus ? Certainement pas une émission qui fait chauffer le cerveau…

  6. Michel Says:

    Merci,

    Enfin un texte intelligent. Cette métaphore résume assez bien cette pensée : « La position classique de l’Athée qui tolère les religions est celle du fou qui laisse grandir un fauve dans sa maison ».
    Ce qui m’amène à cette phrase d’un homme politique au moment de la montée du nazisme : « Nous devons être intolérant face à l’intolérance ».
    En effet, si l’on avait arrêté Hitler dès le départ, nous aurions peut-être évité cette catastrophe.
    Je pense donc que nous devons être intolérant face à tous les extrêmes, religieux ou politique, qui se servent de la démocratie pour s’implanter.

  7. trex58 Says:

    Oui, votre dernière phrase indique clairement que les démocraties, pour survivre, ne doivent pas être un océan de gentillesse envers l’autre. Quelque soit cet « autre », il faut en analyser les risques et les dérives possibles. Aujourd’hui, face à l’Islam qui se développe en France et face au Catholicisme qui reprend du poil de la bête, nos dirigeant ne font pas ce qu’il faut : faire un pas de plus pour soutenir l’athéisme et la libération des Hommes face aux dogmes. Par exemple, le Pape ne doit plus être reçu comme un chef d’Etat. Bref, notre gouvernement ne prend pas en compte le souhait de la majorité de ses citoyens, qui se sont libérés des religions et qui ont peur que leurs enfants, de nouveau, en souffrent. Mais, dire clairement à toutes les sectes religieuses (Catholicisme, Islam, Judaïsme, etc.) qu’elles doivent avoir un profil plus bas et arrêter de vouloir s’imposer à la société laïque, ce n’est pas dans l’air du temps en France en ce moment… hélas. Ainsi, enseigner l’histoire des religions à l’école est une insulte à tous ceux qui ont lutté contre les religions. Enseigne-t-on l’histoire de l’athéisme et de la laïcité ? On se fout de l’histoire des religions. Ce qui compte, c’est comprendre ce qu’elles sont, et faire la part de ce qui est bien en elles pour l’individu dans un groupe, et de ce qui est mauvais en elles ; pour que chacun se rende compte des besoins que nous avons en nous (faire partie d’un groupe, avoir des idées qui nous guident dans notre vie et pour élever nos enfants, avoir des rites face à la naissance et à la mort et pour les passages entre les différentes étapes de la vie, etc) et qu’il y a d’autres moyens que les religions pour les satisfaire. Bref, casser l’idée que, « hors d’une religion, point de morale et point de salut ».

  8. trex58 Says:

    En cherchant le nom de la personnalité qui aurait dit cette phrase concernant Hitler, j’ai trouvé ce texte : http://www.maaber.org/nonviolence_f/Tolerance_f.htm Intéressant ! Mais je n’ai aucune idée de ce qu’est ce Maaber… Ce texte reprend la même idée : tolérer, c’est bien, mais uniquement si cette tolérance n’entraîne aucun danger. Donc, tolérer, c’est réfléchir, analyser, se renseigner, et prendre une décision, en fonction des dangers certains ou potentiels. C’est un acte complexe et risqué. Et, donc, il est intolérable de placer la tolérance au niveau d’une vertu absolue : chaque fois qu’on doit tolérer ou ne pas tolérer, il faut réfléchir.

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