Le Singe nu

« Le Singe nu » est un formidable livre.

Ecrit en 1967 par l’anglais Desmond Morris, zoologue, il entreprend l’analyse de l’Homme comme on le ferait de n’importe quel animal, en étudiant : ses origines, sa sexualité, son éducation, son instinct à explorer et découvrir, nos tendances agressives, notre alimentation, notre besoin de confort, et nos relations avec les autres animaux.

L’Homme a longtemps été un primate avant de devenir chasseur et carnivore. De cette double origine est issue notre façon d’être et de voir le monde.

Il est frappant de constater que le chapitre le plus important est celui consacré à notre … sexualité. Oui, l’homme est le primate à la verge la plus grosse ! Mais ce n’est qu’un détail…

Ce livre nous fait voir nous-mêmes autrement, selon une analyse rigoureuse utilisée pour analyser le comportement des animaux. Bien sûr, écrit il y a 40 ans, ce livre à vieilli, et bien des idées et des hypothèses ont été étudiées bien plus en profondeur, voire complètement revisitées. Mais ce livre est la somme des connaissances de son auteur, toujours actif, et de ses lectures. Il enrichit considérablement celui qui le lit, par la compréhension de notre nature, et par la stimulation d’une attitude différente : nos comportements s’expliquent bien souvent par notre passé de primate converti à la chasse. Il faudrait des dizaines de pages simplement pour résumer tous les points intéressants de ce livre. Juste quelques exemples.

Ainsi, la forme des seins des femmes est peu efficace pour la têtée et bien plus pour exciter le mâle, qui y retrouve un double antérieur des fesses… Pareil pour les lèvres…

Les primates n’ont pas de puces, parce qu’ils changent chaque nuit de dortoir et qu’il faut un mois aux oeufs de la puce pour devenir adulte. Si l’homme a des puces, c’est parce que sa transformation en chasseur l’a poussé à avoir un lieu principal de résidence.

Les Hommes recherchent la compagnie d’animaux qui leur ressemblent : silhouette arrondie, visage plat, expressions faciales, capacité à manipuler des objets, position verticale.

L’Homme, animal social, a développé, en tant que primate, un art de vivre en groupe, probablement sous la domination d’un mâle dominant chargé de gérer les conflits. Or l’Homme, ayant inventé toutes sortes d’armes très efficaces (pierres, bâtons, …), pour ne pas s’auto-détruire, a dû aussi inventer toutes sortes de mécanismes pour calmer les tensions et l’agressivité entre les membres du groupe, passant de l’épouillage au … bavardage ! avec toutes sortes de positions corporelles permettant au faible d’amadouer le fort, et le fort de rassurer le faible. Avec le développement de comportements ‘anti-toucher’ afin de gérer un nombre important de contacts furtifs avec de nombreux étrangers : conserver notre sphère privée.

D’ailleurs, le passage de primate, avec un chef tyrannique, à chasseur, impliquant la coopération des mâles, a entraîné une diminution de l’autorité d’une personne unique. Morris y voit l’origine des religions, comme moyen d’élargir les outils de cohésion du groupe.

Notre goût des sucreries vient de notre passé primate, pour lequel le goût de sucré indique la maturation des fruits.

Le passage d’une position de marche simiesque à une position verticale a considérablement modifié la visibilité des signaux sexuels des femelles, créant ainsi le développement de signaux antérieurs, tels que les seins, les lèvres rouges, et des gonflements et rougissements de parties dénudées du corps pour indiquer l’émoi sexuel: seins, lèvres, lobes des oreilles. (et j’ajoute que les mains humaines sont expertes à palper et caresser… seins et clitoris).
De plus, seules les femelles humaines manifestent un plaisir lors du coît, qui dure bien plus longtemps chez nous que chez certains singes (7 secondes chez certains… Et pas souvent chez les gorilles, qui n’a rien à voir avec celui imaginé par Brassens dans sa chanson !).
Une capacité à atteindre l’orgasme bien plus jeune chez le mâle (20 ans) que chez les femelles (30 ans).

(D’ailleurs, en lisant un autre Blog, il existe une théorie entre la fidélité de la femelle du primate et la taille des testicules des mâles… Et oui, moins la femelle est fidèle, plus il faut la noyer de sperme… Les gorilles, où la femelle est fidèle, ont les plus petits testicules. Et les chimpanzés, où la femelle est volage (pas vue, pas punie…), ont de gros testicules. Quant aux hommes… ils se situent entre les deux !)

Pour l’auteur, la capacité de l’Homme à avoir tout au long de sa vie une forte activité sexuelle en continu n’a pas pour but principal d’augmenter le nombre d’enfants mais de former un ciment du couple, les partenaires se prodiguant constamment des « agréments » qui les lient.

Pour l’auteur, la vie en couple est inhérente et caractéristique de l’Homme. Je n’en suis pas certain… (d’ailleurs, relisez le paragraphe précédent sur la relation de la taille des testicules du mâle et la fidélité de la femelle…) C’est là d’ailleurs une des limites du livre, à cause de l’influence que sa culture européenne a eu sur l’auteur. D’autres chercheurs pensent que les hommes et les femmes ont vécu longtemps dans des sociétés plus féminine qu’aujourd’hui. Mais le saurons-nous jamais ?

Notre espèce a le système d’expressions faciales le plus subtil et le plus complexe de tous les animaux vivants. Sachant que les chimpanzés, nos plus proches cousins, ont l’habitude de mimer des claquements de lèvres lorsqu’ils s’invitent mutuellement à une séance d’épouillage, lèvres largement utilisées pendant l’épouillage pour « goûter » les peaux et les rares parasites, et sachant que ces séances sont essentielles pour cimenter les relations des individus du groupe, je lance l’hypothèse que le langage vient de là : une extension de ce claquage de lèvres. Bien sûr, seul l’Homme possède de telles lèvres, ouvertes vers l’extérieur, à la fois outil de communication verbale et sexuelle…

D’ailleurs, si les lèvres ont bien servi de signal sexuel, par leur gonflement et leur rougeur, et comme cette rougeur ne se voit pas sous une peau sombre, on peut donc supposer que les premiers Hommes avaient la peau claire…

Bref, c’est un livre qu’il faut lire, et relire !

Ensuite, je vous propose comme lectures :
« Le singe en nous » Franz de Waal
« Le Sexe, l’Homme et l’Evolution » de Pascal Picq & Co
« Le troisième chimpanzé » de Jared Diamond

« Avec la nécessité de séduire serait ainsi née la soif du beau. »
Oui, la beauté est née de la séduction…

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