Philosophie de l’amour

En France, notre façon de concevoir l’amour entre un homme et une femme est fortement influencée par notre culture judéo-chrétienne : le mariage. Cette religion, qui a si longtemps pesé sur les hommes et les femmes de France et qui imposait sa vision unique du couple, même si elle est en régression, a laissé une teinture qui s’efface doucement…

Qu’est-ce que le mariage ? Autrefois, c’était une association, entre un homme et une femme, pour vivre, voire survivre, et avoir des enfants, ceux-ci étant l' »assurance vieillesse » du couple : une fois le couple vieilli, fatigué par des années de labeur, vers 40 ans, ils pouvaient se reposer un peu sur les enfants. De toute façon, les enfants venaient… sans contrôle. Aujourd’hui, les femmes travaillent et peuvent décider de la date et du nombre de maternités : les femmes sont (enfin) libres. Mais le mariage est toujours là… Le mariage est maintenant un moyen d’enchaîner deux personnes entre elles, pour le meilleur ou pour le pire… Le meilleur, souvent, mais pas forcément longtemps. Car la Nature nous a programmés pour aimer … un certain temps, entre 3 et 5 ans paraît-il, le temps d’avoir des enfants et qu’ils soient autonomes. Ensuite, vient la routine, les habitudes, la facilité… Et puis, avec le travail, les transports, les enfants, les amis, la belle-famille, où trouver du temps pour soi ? Le mariage tuerait-il l’amour ? Peut-être bien… Savoir que l’autre est engagé dans un « contrat », même s’il est réversible, pousse au désamour, à ne plus faire attention, à ne plus désirer, courtiser, conquérir, celui ou celle qui est là, à portée de main : l’acte d’amour comme un acte hygiénique pour le mari. Plus rien à voir avec les premiers mois après la rencontre, où il fallait conquérir, avec délicatesse, attention, assiduité, humour, et amour, celui ou celle vers qui nos hormones nous poussaient si fort. Maintenant, on se réveille avec lui/elle, on s’endort avec lui/elle… Rassurant, mais triste. Bien sûr, si chacun garde un jardin secret, qu’il ne partage pas avec l’autre, si tous deux savent s’enfuir, loin des enfants, de la famille et des amis, ils peuvent recharger la batterie de leur amour et de leur tendresse. Mais, bien souvent, il n’y a pas un instant de libre : c’est l’abrutissement dans une vie de routine, centrée pendant bien longtemps autour des enfants, avec beaucoup de bonheur bien sûr… Mais une prison, même peinte en rose ou bleu, cela reste une prison. D’autant plus que le mariage, inventé pour rassembler un couple de jeunes gens autour des enfants qu’ils ont malencontreusement engendrés, ne durait pas bien longtemps il y a quelques siècles… à cause de la faible espérance de vie : face aux maladies et aux accidents, le mariage était une assurance. Tout cela a bien changé : mariés à 20 ans, ils peuvent vivre 40 à 60 ans ensemble !! Mais le mariage, ou le PACS, ou le couple, est toujours là : deux personnes qui s’engagent ensemble et qui veulent (souvent) que cela dure… jusqu’à la fin. Car se séparer, divorcer, ce n’est pas simple : partager les biens, l’appartement, les enfants… et surtout, tout changer de sa vie, ce n’est pas facile, après des années où les tâches ont été partagées (de façon déséquilibrée en général) entre eux deux. Après des années de vie commune, se retrouver seul, indépendant et libre, mais seul, n’est pas facile à vivre… D’autant que beaucoup, souvent, n’ont jamais vécu seuls : chez papa-maman très tard, puis en couple. Jamais seul, ou presque. Et les années d’étude ne comptent pas. Il faudrait que chacun soit obligé, au départ de chez les parents, de vivre seul, de se prendre totalement en charge, d’être autonome, afin que le mariage, ou la vie en couple, ne soit pas un moyen de retrouver le cocon parental perdu de son enfance. Mais cette façon de vivre en couple est lié à cette vision judéo-chrétienne : s’engager, pour longtemps, en étant fidèle et, si possible, se mettre en couple avec le premier avec qui l’on couche. Bon moyen pour louper sa vie, en s’engageant avant même de l’avoir comprise.

Alors, dans notre époque actuelle, même si vivre seul coûte et si se partager les enfants crée des problèmes, pourquoi faudrait-il s’engager, pour longtemps, voire pour toujours ? Bien sûr, les enfants souffrent d’un divorce, d’une séparation. Mais souffrent-ils de la séparation ou de la cassure de l’image de parents que notre société impose : unis pour la vie ? Si les enfants sont préparés à l’idée que l’amour n’est pas éternel, peut-être souffriraient-ils moins ? Finalement, ne vaudrait-il pas mieux pour les enfants des parents séparés, mais heureux et équilibrés chacun de leur côté, de nouveau en couple ou seul, plutôt que des parents toujours ensemble en apparence, mais séparés de coeur, car l’amour qui un jour, un temps, les avait unis, est mort, et ce sont deux étrangers qui, tous les jours, se côtoient, sans tendresse l’un pour l’autre, partageant simplement les biens et les enfants, leur donnant une triste image de l’amour et les rendant tristes parce que leurs parents sont tristes ?

Alors, ne pourrait-on pas envisager des relations entre hommes et femmes où aucun des deux n’espère, n’envisage, n’imagine que leur couple dure éternellement ? Simplement qu’ils se disent : nous sommes heureux aujourd’hui, c’est formidable ! Demain ? Demain, on verra. Si je vois qu’il/elle ne m’attire plus, si je me sens devenir un étranger, si je n’ai plus ni amour ni tendresse pour lui/elle, si faire l’amour avec lui/elle est une corvée, nécessaire pour entretenir la « machine » et satisfaire nos désirs animaux, alors : pourquoi continuer ensemble ? Facile à dire ! Bien plus difficile à faire, à organiser, avec le coût des appartements, des frais, des voitures, de la vie seule. En couple, la vie coûte bien moins chère qu’à deux. Bref, avoir une vie libre est plus facile pour ceux qui gagnent bien leur vie… Le mariage serait-il réservé aux humbles ?

Alors, comme philosophie de l’amour, on pourrait imaginer ceci : personne ne recherche quoi que ce soit, ni amour, ni mariage. Les hommes et les femmes se rencontrent, discutent, se plaisent ou non, s’essayent, voient s’ils sont compatibles, voient si les sujets d’intérêt et de discussion de l’autre sont enrichissants, ou supportables (et on lui laisse son jardin secret), vérifient que le corps de l’autre, sa façon de faire l’amour, sa jouissance, sa générosité, etc. sont plaisants, si on est « bien » avec l’autre… Chacun vit encore chez lui, conquiert l’autre, l’invite, le courtise, cherche à lui plaire, à comprendre ses désirs, sa façon de fonctionner, les subtilités de son humeur et de ses joies, est attentif à son être… Et puis, si on se lasse, si cela ne dure pas, on se sépare, sans même avoir vécu ensemble. Mais, surtout, sans rien espérer, sans rien rechercher de stable et de définitif ou d’éternel, vivre dans le moment présent, et un peu dans le lendemain bien sûr !, mais pas dans l’avenir lointain : l’année prochaine… Cela suppose de nombreux partenaires, de nombreuses expériences, pour mieux connaître l’autre sexe, pour se mieux connaître soi aussi. Avec, toujours possible, le coup de foudre, le véritable et profond amour, inattendu, qui frappe non pas deux personnes instables ou malheureuses qui cherchent à partager leur solitude et leur vie pour la peindre un peu en rose, mais deux personnes indépendantes, habituées à vivre seul et en couple, et qui ne recherchent pas en l’autre une béquille à leur faiblesse. L’amour véritable. Qui peut survenir tardivement, plusieurs fois, si les malheurs de la vie les séparent : accident, maladie, … Ils s’aiment, mais ils savent que ce n’est pas forcément éternel, que c’est un « travail » de tous les jours, une attention pour l’autre, mais pas une aliénation, un partage, mais pas une union, une fusion, simplement deux personnes qui gardent leur jardin secret mais en créent un nouveau, commun, où chacun apporte des plantes aromatiques de son jardin ! Et puis, si un jour, l’autre part, bien sûr, on est triste… mais pas longtemps : la vie doit l’emporter et on doit aimer de nouveau, un peu, beaucoup, ou à la folie…

Publicités

2 Réponses to “Philosophie de l’amour”

  1. berard Says:

    Je vous vous remercie pour ce que vous faites.

    http://ericberard.unblog.fr/

  2. trex58 Says:

    Merci pour le remerciement ! Mais, mon non-Dieu, que fais-je donc de si extraordinaire ? sinon d’étaler sur ce Blog les bêtises fantaisistes qui me passent par la tête, souvent recrachant maladroitement une synthèse incomplète de lectures diverses, ou me laissant aller à dire des choses qui me sont intimes, ou à dire ce que les autres ne veulent pas trop entendre…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :