Visage et âme…

Le visage est le reflet de l’âme, paraît-il…
En tout cas, le visage est bien ce que l’on regarde en premier, chez l’autre.
Qu’y voit-on ? Y voit-on vraiment ce qu’est l’autre ? Ou une image qu’il présente ?

D’abord, j’aime le mot « âme » : il est bref, et beau. Mais, dans notre civilisation judéo-chrétienne, il a une connotation d' »âme éternelle », celle qui survit à la mort de notre corps et revivra un jour, au Paradis (ou en Enfer). Enfin, c’est ce que disent les conneries religieuses. Il est, bien sûr, évident que nous mourons avec notre corps et que rien de notre personnalité, de notre esprit, ou de notre âme, ne survit à la mort de notre corps, puisque nous ne faisons qu’un avec lui.
Pour moi, « âme » est synonyme d' »esprit ». C’est ainsi que je peux construire le mot « corâme », de corps-âme, bien plus beau que « coresprit », de corps-esprit.
Ainsi, comme le dit Martin Legros, dans la revue « Philosophie » : « Je suis mon corps« , je suis un corâme.

Alors, pour revenir au sujet, en plus du rire, et du sourire, que donne à voir notre visage ? Notre visage reflète-t-il ce que nous sommes ? Notre corps montre-t-il notre âme ?
Je n’en sais rien… Je n’ai pas fait d’études là-dessus, et je n’ai pas lu de livre qui parle de ce sujet…
Alors, je ne ferai (comme d’habitude !!) que jeter des idées en vrac, non structurées, non prouvées, non universelles. Mais, comme d’habitude, cela me permet de faire le point sur mes idées. De la même façon qu’étaler et parler de ses souvenirs douloureux permet de les voir autrement, de les transformer…

Bien sûr, chacun porte un masque.
C’est une idée que je porte depuis longtemps, depuis la fin de mon adolescence : je me disais alors que les gens portent un masque, pour se camoufler, pour se protéger, pour éviter d’être vulnérable, pour se cacher, parce qu’on ne peut pas se livrer à tous… Alors que je pensais, dans ma naïveté et ma sincérité de l’époque (la sincérité à survécu à ces 30 années, la naïveté beaucoup moins…) que je ne portais pas de masque, et qu’il ne faut pas porter de masque. Pourtant… pourtant, si j’avais porté un masque, j’aurais su mieux me protéger…

Mais, qu’est-ce que ce masque ?

Le visage est la porte de l’âme.
Depuis des centaines de millénaires, l’Homme vit en société : il dépend des autres pour sa survie, et réciproquement. Peut-être bien en parallèle avec l’apparition du langage l’Homme, comme nos cousins les primates, a développé des mimiques, des attitudes, de portée universelle. Sourire est inné. Rire est le propre de l’Homme. Mais pleurer aussi…
Nous portons en nous une vision du monde, optimiste, résignée, en attente, pessimiste… Nous pouvons tenir secret notre vision du monde, nos pensées du jour, ou les livrer aux autres. Mais les autres ne sont pas toujours tendres avec nous… Dans les sociétés structurées, l’inférieur doit « composer » avec le supérieur, le calmer, ne pas l’irriter, l’amadouer, peut-être bien camoufler son désir de -lui aussi- devenir le supérieur, en général le mâle dominant, position qui donne accès aux femelles… D’ailleurs, le sourire chez les primates a pour fonction de calmer l’autre, paraît-il. Et puis, nous ne savons pas très bien comment, chez nos ancêtres, était organisé la société : un mâle dominant qui s’approprie les femelles ? des petits groupes de couples qui s’associent pour élever les petits (comme chez les Suricates) ? Alors, porter un masque, c’est-à-dire ne pas afficher ses pensées sur son visage mais afficher une attitude « standard », est probablement « presqu’inné », un réflexe, pour éviter les coups, les brimades. L’un des moyens qu’ont les faibles pour ne pas prendre plus de coups… Mais les forts aussi portent un masque : celui qui leur permet de cacher leur peur de ne plus être à la hauteur, leur peur de se voir détrôner par un plus jeune, un plus fort, un plus malin… Un masque de supériorité indestructible et de force.

Donc, notre corps, et surtout notre visage, est divisé entre montrer les sentiments de notre âme à ceux qui nous sont chers, proches ou amis, et entre cacher ces mêmes sentiments à tous les autres. En tout cas, inconsciemment, dans un contexte amical et protégé, nous montrons nos sentiments : joie, bonheur, tristesse, … Sentiments qui touchent les autres. Car nous avons aussi appris à lire les sentiments des autres sur leur visage : compassion, empathie. Dans la Sélection qui s’est opérée, ceux qui étaient capables de communiquer avec les autres, et de connaître -sans parler- leur état psychique, ont pu créer des liens d’amitié et d’aide réciproques, permettant donc à leur groupe de mieux supporter les difficultés de chacun par l’aide apportée par les autres. Les grands singes ont cette faculté : se rendre compte qu’un proche est en danger et vouloir l’aider. Cette compassion et cette empathie entraînent l’aide à autrui. C’est donc bien un fondement de notre Humanité et de l’Humanité des grands singes ; même si, trop souvent, d’autres sentiments, de haine, engloutissent cette part de nous.

Que regardons-nous chez l’autre ?
Son visage. Son regard. Son attitude corporelle, par la position sur les jambes, la place des épaules, etc.
Bien sûr, chaque personne regarde une personne de l’autre sexe d’une autre façon… recherchant les signes sexuels qui correspondent à ce que l’on recherche inconsciemment : une « belle » poitrine, une taille fine, un corps et un visage sans cicatrices ni défauts (signes de maladies), un corps symétrique et dynamique (signe de santé), et des caractéristiques annexes… mais très importantes, comme la forme du visage, montrant un type de caractère (? ou poussant quelqu’un à avoir ce caractère ? Comme une mâchoire carrée chez l’homme, ou un visage doux chez la femme). Il y a des visages qui ne me « disent » rien, car ils sont fades, affaissés, montrant une fatigue intérieure, un renoncement. Je suis ému par un visage qui pétille, qui sourit, qui montre une belle dynamique, un espoir dans la vie : rien que de bien « normal », ma foi… Et je me méprends parfois, bien sûr, entre la dynamique de celui qui voit positivement la vie, et la dynamique de celui qui se débat dans tous les sens pour surnager ou pour faire croire que « tout va bien ». Il y a aussi toute une harmonie, culturelle et ethnique, dans le visage et le corps des hommes et des femmes : des codes qui varient. Comme le visage des asiatiques, souvent considéré comme froid et inexpressif par les européens ; alors que les codes pour lire ces visages sont un peu différents, et qu’il suffit parfois d’un peu d’entraînement et donc de pratique pour lire toutes leurs émotions. Le racisme vient bien en partie de là (en plus d’être une excuse pour justifier son sentiment injustifié d’être supérieur à l’autre), à cause de la difficulté de comprendre l’autre du fait de signes corporels un peu différents de ceux qu’on a intériorisés dans son enfance, comme le fait que tous les bébés du monde peuvent entendre tous les sons de toutes les cultures alors que l’adulte voit son ouïe se spécialiser à sa propre langue et ne lui permet plus d’entendre ou distinguer les nuances des autres langues.

Le regard, les yeux. Ce ne sont pas nos yeux qui font notre regard, puisqu’ils sont simplement un mécanisme optique. Mais notre façon de regarder l’autre, de porter notre regard (avec attention, calme, ou nervosité, ou …) fait la différence. Notre regard est porté par notre visage, qui est porté par notre corps, qui -inconsciemment- est porté par notre dynamique intérieure. Selon qu’on est en forme ou fatigué, qu’on a l’espoir d’un prochain bonheur, ou le désespoir de ne plus jamais pouvoir l’atteindre, ou sous le coup d’un « vague à l’âme », on regarde différemment l’autre et on « porte » son corps/drapeau autrement.
Peut-être bien que certains, formés jeune à observer les autres et à porter sur eux-mêmes des sentiments faux et construits, sont à même de nous tromper, comme nous trompe l’acteur qui sourit ou pleure, à volonté ou parce qu’il évoque en lui-même des moments de joie ou de tristesse, utilisant ses expériences passées pour faire revivre artificiellement à son corps des émotions bien connues…

Mais, dans le visage, lorsque l’autre parle, j’ai tendance à regarder ses lèvres, à lire sur ses lèvres… Bizarre.

Mais notre « âme » s’exprime aussi, sans que nous en soyons conscient ou puissions le voir, par nos odeurs : notre force ou faiblesse intérieure se manifeste aussi par des phérormones, que nos voisins captent et interprètent inconsciemment…

Alors, le visage comme porte de l’âme ?
Oui, en grande partie. Mais il y a toutes sortes de portes ! Regardons-les.

Samedi, dans le parc : une petite fille de 2 ans environ à la peau sombre assise dans une maison-jouet : le visage inexpressif, calme mais un peu « fermé ». Il suffit de lui sourire pour qu’un magnifique sourire lui vienne aussitôt, pour disparaître aussitôt : que se passe-t-il chez elle ? Et, dans le même parc, la petite Marie, 2 ans 1/2, avec toujours sur le visage un mignon petit sourire, ouverte sur le monde et les autres, tout occupée à découvrir calmement son corps et le monde, l’esprit apparemment calme et sans soucis, entourée d’amour et d’adultes calmes, pour autant que je sache. Et, face à un bébé, essayez de lui tirer la langue, pour voir combien de temps il lui faut pour vous répondre !

Sourire, c’est comme bailler, c’est communicatif : sourions !!

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :