Archive for juin 2009

Discussion avec Guy Dutron

2009/06/28

Monsieur Guy Dutron, de « Réséda », m’invite à lire son papier : « Pour construire la Nouvelle Utopie Réaliste« . 12 pages… Pfff, c’est dur par un dimanche après-midi ensoleillé… Mais, comme de toute façon, je dois laisser ma tendinite reposer, je l’ai lue. Ne pouvant répondre à tout, voici quelques remarques sur les points qui m’interpellent :

Gratuité : ce qui est gratuit ne vaut rien. C’est bien pour ça que les Américains, et mes enfants, laissent couler l’eau, et la gaspillent, alors que je me souviens des protestations de ma mère… Dutron dit : « La jouissance gratuite du bien ou du service proposé implique l’usager et le place en situation d’évaluer librement le bénéfice personnel qu’il en tire et le bénéfice collectif qu’en tire la société. Cela stimule l’irréversibilité ! » Oh là là, quelle utopie… On dirait Rousseau : l’Homme est bon ! 🙂 C’est bien mal connaître la nature humaine de ne voir que la bonté des Hommes. En ce début du XXIème siècle, en France, la majorité des hommes et des femmes ont été élevés, chez eux ou à l’école, avec une notion de respect de l’autre et de la collectivité. Ce n’est plus vraiment le cas pour les dernières générations, ni pour quelques centaines de millions d’hommes de par le monde… Il faudrait d’ailleurs l’expliquer aux 2 individus qui ont brûlé 2 voitures sur le parking public devant chez moi cette nuit, comme à tous ceux qui trouvent que les voitures sont gratuites et donc à leur disposition et qui, s’ils ne peuvent pas partir avec, la brûlent ! justement parce qu’elle est « gratuite ». Il faudrait l’expliquer aux émeutiers de tous pays qui détruisent tout et n’importe quoi sur leur passage, bien privé ou public, voire même l’Ecole où ils vont. Il faut arrêter de rêver : il y a des Hommes bons et des Hommes mauvais, et les bons sont parfois mauvais, et réciproquement. D’ailleurs, cette notion de « gratuité est à rapprocher de cette notion d' »externalité » (un coût non comptabilisé, comme le stress des travailleurs, ou la destruction de la Nature) : c’est bien parce que la Nature est gratuite que tout le monde la gaspille, y jette ses ordures, la pollue, la gaspille, la détruit.

En ce qui concerne ce vers quoi progresse, de plus en plus rapidement notre monde humain, je conseille la lecture de « Collapse » (« Effondrement »), qui montre bien que, une fois une certaine limite franchie, la désolation est inéluctable. Du fait du poids de l’énergie et du pétrole dans notre richesse actuelle, la fin de l’énergie facile va totalement détruire nos sociétés modernes, habituées à tourner un robinet pour avoir de l’eau. Quand il faudra monter l’eau au 10ème étage dans des jerrycans, les gens auront moins de loisirs et plus de raisons pour trouver que la vie est dure… Mais voyons le bon côté des choses : l’obésité disparaîtra ! 🙂

Il faut constamment remettre en cause les idées reçues… même celles qui ont été un progrès. Par exemple, je lisais hier un papier sur les idées de Claude Lévi-Strauss qui, de façon révolutionnaire, voyait dans le tabou de l’inceste, universel, non pas une contrainte négative, mais comme un levier positif poussant les Hommes à chercher époux/épouses hors de leur communauté. 50 ans après, on comprend que ces mécanismes sont inconscients, car dûs à la perception inconsciente d’odeurs et de phérormones caractérisant la distance génétique entre les personnes et poussant celles-ci à choisir celui ou celle qui est le plus complémentaire à son propre programme génétique. Quant aux sociétés traditionnelles, certes elles ont souvent su trouver des solutions adaptées à leur situations (comme, par exemple, la constitution dans les déserts de réseaux d’adduction d’eau recueillies dans les montagnes, comme la climatisation des maisons dans les déserts par ventilation naturelle des caves vers les étages supérieurs (d’où des maisons étroites et élevées), ou la construction des villages dans les hauteurs pour profiter des vents générés par la différence d’altitude, ou les igloos…), par tâtonnement et grâce à la sélection naturelle (celui qui survit diffuse ses gènes et ses idées), mais elles sont toutes basées sur une vision étriquée et fausse du monde. Tout est à jeter dans la Bible, le Coran et la Thora, sauf la démonstration de la folie de l’Homme et sa capacité à mettre en mots et en histoires sa peur dans ce monde incompréhensible (en ces époques lointaines) et sa peur de la mort. Les temps ont passé, la Science permet de comprendre immensément le fonctionnement du monde, et ce n’est pas fini (si nous survivons à nos mauvaises utilisations de cette même Science, si nous survivons à la folie et à la connerie de tous ceux qui utilisent la religion pour s’enrichir ou pour asservir d’autres personnes, victimes et non coupables).

Pour ce qui est de la crise alimentaire, qui va nous tomber dessus très bientôt, il ne s’agit pas seulement de la perte de surface (des milliers d’hectare qui se transforment en désert, ou en mono-cultures d’exportation, …) mais aussi de la perte d’épaisseur : nos sols arables s’amoindrissent, emportés par les vents et les pluies, à cause d’une agriculture « moderne » qui produit plus et moins bien à très court terme.

Quant à la phrase : « il faut abandonner la domination d’une culture dérivée de la domination impérialiste. Sa simple définition pourrait-être : Permettre à toutes les cultures du monde de produire, diffuser et expliquer leurs apports. » Bravo ! C’est pain-béni pour toutes les sociétés traditionnelles basées sur la tribu et la religion ! C’est le retour à l’oligarchie : une poignée d’abrutis malins qui utilisent des mythes et de vieux chiffons (Coran, Bible, Thora) pour perpétuer leur domination sur d’autres hommes et surtout sur les femmes, qui payent constamment et partout les pots cassés de la prise du pouvoir par les hommes. Les cultures du monde sont universellement machistes : l’homme, profitant de la faiblesse et de la dépendance des femmes dans leur grossesse et pour élever leurs enfants, se sont attribués des droits. Ainsi, dans les sociétés traditionnelles de chasseurs-cueilleurs, la part d’apport en nourriture des hommes chasseurs est ridicule par rapport à l’apport des femmes-cueilleuses : l’invention de mythes de Dieux dans la jungle est bien pratique pour perpétuer la domination (et la fainéantise) d’un sexe sur l’autre. Quelque soient les cultures de par le monde, l’homme écrase la femme en profitant de sa faiblesse, faiblesse qu’il entretient et perpétue en ne lui laissant à manger que ses restes, comme dans toute bonne société musulmane traditionnelle : la femme fait le repas, sert l’homme et les enfants, et mange les restes.

Non, je n’apprécie pas ce texte. Car il ne se base pas sur une compréhension profonde du fonctionnement de la bêtise et de la laideur humaine, qui sont universelles et résistantes, et qui ne peuvent disparaître que par l’éducation. Car il ne se base pas sur la connaissance des dernières découvertes scientifiques nous permettant de comprendre le fonctionnement de notre monde, de la Nature, et de nous-mêmes. Il y a urgence à relire Darwin et à comprendre que nos instincts nous mènent par le bout du nez. Si la raison et la sagesse avaient enfin trouvé leur place dans l’Homme moderne, Tchernobyl ne serait pas arrivé. Confier une bombe atomique à des Hommes de Croc-Magnon, qui se laissent dominés par la peur dès que la tension et la peur augmentent, oubliant toute « raison » dès que les hormones de la peur et du stress se répandent dans notre corps, c’est ignorer que nous ne sommes -encore- que des animaux, au cerveau construit pour évoluer dans un monde naturel. Encore quelques milliers de générations, et une nouvelle espèce apparaîtra sans doute, pour laquelle la raison ne chavirera plus aussi vite et ne se laissera plus submerger par nos instincts animaux et par nos peurs ancestrales. Si notre espèce et la civilisation globale actuelle survivent au XXIème siècle… Avec des mers qui montent de 3 à 7m, le totalitarisme sera une bonne solution pour prendre des décisions et sacrifier les uns pour sauver les autres… Quand l’homme mange à sa faim, il est tenté d’être généreux avec l’autre ; quand lui et sa famille meurent de faim, il est un loup pour l’homme. Et même, souvent, il est un loup pour l’autre sans raison, juste par folie, comme le décrivent très bien les exactions commises par les musulmans bangladeshis sur les hindous bangladeshis, suite à l’encouragement donné aux fondamentalistes musulmans par le gouvernement du Bangladesh en 1992. Mais il ne s’agit que d’un exemple dont je suis au courant parce que je lis « Lajja » (La honte) de Taslima Nasreen en ce moment. Les exemples ne manquent pas. Bref, assez d’utopies : l’homme est capable du meilleur comme du pire : espérons et travaillons pour le meilleur, mais anticipons et préparons-nous au pire. La seule solution, c’est l’éducation universelle des hommes et SURTOUT ! des femmes. Car les femmes, par leur contact avec la vie (grossesse, naissance) et la mort (grossesse, naissance), par l’amour que génèrent en elles pour leurs enfants notre nature animale et leurs instincts, est plus à même que l’homme de construire une société plus axée sur le bonheur simple et sur le respect de l’autre (même si, au Bangladesh en 1992, deux femmes étaient à la fois au pouvoir et dans l’opposition. Et même si Margareth Thatcher restera toujours un exemple de femme plus dure que bien des hommes ! 🙂 ).

Je ne suis donc pas d’accord avec ce texte : trop de rêveries, d’utopies… pas assez de prise en compte de la nature profonde de l’homme : son égoïsme et ses instincts qui le poussent à tirer la couverture sur soi et les siens, au détriment des plus faibles et des autres, toujours. Pas de conscience de la nécessité d’un « principe de réalité », qui consiste à éviter de supposer que l’Homme est bon pour le rendre encore meilleur, qui consiste à constamment observer, agir, analyser et remettre en cause ses idées et ses actions en fonction de ce qu’on voit et pas en fonction de ce qu’on voudrait voir, en intégrant dans ses réflexions toutes les nouvelles connaissances issues de la Science.
Monsieur Dutron, vous devriez aller faire un tour à l’étranger… J’ai vécu 2 ans en Tunisie, voyagé une dizaine de fois aux USA et au Canada, j’ai des amis venus d’Asie, des amis qui vivent à l’étranger, dans des pays pauvres ou riches ou en développement d’Asie, je lis des livres sur le monde, la philosophie, la religion et l’athéisme, les femmes, la poésie, et les Sciences… Et vous ? Lisant votre biographie, j’y vois une carrière dans l’administration, une carrière électorale, un ancien chasseur… ce qui explique beaucoup. Le nombril franco-français…

Allez, je retourne lire…

Publicités

Réséda

2009/06/28

Je suis tombé par hasard sur un Blog intitulé « Réséda » (Réseau Euro-méditerranéen Social Écologique Démocratique et Altermondialiste), en référence à un poème d’Aragon : « La rose et le réséda ». Dans ce poème, Aragon pousse à l’union des français, malgré leurs différences, face à l’ennemi : l’envahisseur nazi. Je suppose donc que c’est cette volonté d’union que les créateurs du réseau Réséda ont voulu mettre en avant. Seulement… seulement il y a un problème. Dans son poème, Aragon pousse les socialistes (rouge : la rose ; les athées : « celui qui n’y croyait pas ») à s’allier avec la droite (le blanc, couleur du roi : le réséda ; les catholiques : « celui qui croyait au ciel »). En ce temps-là, la France politique était clairement divisée : les socialistes sont athées, et les gens de droite sont des culs-bénis. Les temps ont changé… Maintenant, tout est plus mélangé. D’autre part, il me semble bizarre qu’un réseau politique, manifestement de Gauche, invoque un poème où l’alliance invoquée est celle des ennemis (Gauche et Droite) face à l’adversaire communs, alors que le réseau « Réséda » ne veut que regrouper des gens de Gauche…

Pour la petite histoire, il faut aussi savoir que l’alouette, qui apparaît dans ce poème, mais aussi dans « Je chante pour passer le temps » est le symbole des Gaulois, donc de la France profonde.

En lisant aussi cet article qui annonce la naissance de « Réséda », il est amusant de voir qu’on y prend Platon et la démocratie grecque comme exemples : « Selon Platon (La République – IV 422 et VIII 551d ) Le fractionnement de la cité entre riches et pauvres, entre oligarques et démocrates, est un fléau qui dévore le corps social. Le résultat c’est que « nécessairement, un tel Etat n’est pas un mais deux : celui des pauvres et celui des riches … » # C’est cette juste appréciation platonicienne qu’il nous faut dépasser par l’unité du peuple qui fera que « l’oisif ira loger ailleurs » . Alors que, chez les Grecs anciens, il y a un clivage fondamental entre les esclaves : qui travaillent, et les maîtres : qui ne travaillent pas. Que ces derniers décident de s’organiser en Démocratie (excluant les esclaves, bien sûr !!) ou se laissent aller à une oligarchie (où une poignée de personnes ou familles se cooptent pour prendre le pouvoir) cela ne change rien : la démocratie grecque, ce sont les oisifs qui exploitent des esclaves ! Alors, c’est bizarre de voir des gens de Gauche prendre Platon comme exemple…

Il est amusant également de voir ce Réseau se vouloir « euro-méditerranéen ». C’est sympathique ! Mais je ne vois pas la cohérence de la démarche, entre des états au Nord qui appliquent de vraies démocraties laïques et des états au Sud sous le joug de dictatures et de la religion. Le Maroc est bien une dictature héréditaire où se succèdent des descendants de Mohammed, non ?! L’algérie est bien une dictature oligarque où l’Islam est omni-présent, non ?! La Tunisie est bien une dictature, même si l’Islam est tenu en laisse, et malgré le passage de Bourguiba et sa libération des femmes, non ?! Plus important, le poids des traditions, et donc de l’organisation tribale, pèse encore lourdement sur les mentalités dans ces pays, rendant la notion de Démocratie, avec ses Droits et ses Devoirs, peu compatible, surtout dans les campagnes. D’autre part, si la France, l’Espagne et l’Italie bordent la Méditerranée, d’autres pays, comme l’Allemagne, n’ont pas de relation avec la Méditerranée, hormis les Turcs qui y immigrent et sont fort mal assimilés, par faute de culture et de religion fort différentes mais aussi par un manque de moyens mis en oeuvre par le Gouvernement pour éduquer et former à la langue allemande. Alors, quel lien entre ces pays et l’Europe ? Aucun. L’utopie ne mène à rien. Mais vouloir transcender les frontières (non-naturelles et séparant les peuples) est nécessaire, pour réduire le nationalisme, puanteur comparable à la religion.

Ils y parlent également de « développement durable », pour sauver l’humanité. Sympathique.

Ah, et on y parle de « solidarité », de « société de partage », de « gestion socialisée ». Ah, que tout cela fleure bon l’utopie communiste ! Mais je ne vois pas de proposition de vote obligatoire, histoire que les élus représentent l’ensemble de la population, et pas uniquement ceux que leurs partis sont venus réveiller le dimanche matin pour voter.

Conclusion : une initiative bien sympathique. Mieux vaut rêver (un peu) et essayer d’agir, plutôt que de subir. Mais, comme partout, tout n’est pas BLANC ou NOIR. À Droite comme à Gauche, il y a de bonnes et de mauvaises idées. Le seul problème est qu’en France ce qu’on appelle Gauche ou Socialisme serait appelé communisme dans bien d’autres pays, tellement l’idéologie pratiquée par le PS pue le collectivisme, la volonté de tout régir, et de ne voir le seul salut que par le cri : « Plus de fonctionnaires ! ». Bref, relancée par un arriviste (Miterrand) qui n’avait qu’une idée : être Président, quelque soit les idées et le Parti utilisés, l’idée de Socialisme à la Française doit s’effondrer sous sa propre bêtise avant de pouvoir -un jour lointain- renaître, une fois abandonnées toutes les idées débiles qui les habitent en ce moment, coupés des réalités du monde. Et je me souviens, avec émotion, de la grand-mère de mon épouse et de mon beau-père qui, l’une épouse de mineur et l’autre mineur, ont vu avec ahurissement, colère et douleur, apparaître en 1981 le nom de Miterrand à la télé, celui-là même qui avait lancé l’armée contre les mineurs pour stopper leur grève, à l’époque où il était de Droite. Bref, les ouvriers, ça vote à Droite.

Blog

2009/06/28

Je passe pas mal de temps sur ce Blog… Beaucoup de temps… Du temps que je pourrais passer de façon plus agréable, ou plus utile… Savoir quoi faire de son temps, c’est bien le plus difficile… Déjà, j’ai la chance d’avoir du temps libre. Je ne suis pas l’un de ces esclaves, épouse musulmane, enfant casseur de briques en Inde, paysan condamné à consacrer tout son temps à ses champs et ses bêtes… Déjà, j’ai de la chance d’avoir les idées claires. Je ne suis pas atteint d’Alzheimer, je ne suis pas épuisé par un travail de nuit, je ne suis pas vidé par les 2 ou 3 métiers que je dois pratiquer pour vivre, je ne suis pas abruti après une longue journée à courir…
Je ne parle pas souvent de choses légères… Qu’importe la mort de Michael Jackson… je ne comprenais pas les paroles de ses chansons et, pendant ce temps, on tue toujours en Iran, en Irak, en Afganistan, on meurt toujours de faim en Afrique, ou de maladies dans le monde… Je parle souvent de choses bizarres ou désagréables (pas encore de politique !). Je parle beaucoup des religions, de la connerie des religions, de toutes les religions… Pourtant… pourtant je n’ai jamais souffert à cause d’elles ; alors, pourquoi ? Je parle de ce qui me passe par la tête, et il y passe toutes sortes de choses… Je n’écris pas pour des lecteurs. Je suis heureux de voir que des gens passent de temps en temps. Mais, finalement, cela peut diminuer ma liberté de parole : comment parler d’amour et de sexe si quelqu’une que l’on courtise vient lire ce Blog ? Comment écrire librement si mes amis ou mes enfants viennent me lire ? J’essaye de ne pas en tenir compte… J’écris, parce qu’écrire ses idées, les mettre en forme, noir sur blanc, cela permet de mieux les voir, de mieux les comprendre, de mieux se comprendre. Bien sûr, ce n’est pas la panacée. C’est différent que de parler à un psy, ou d’écrire un livre. Mais c’est bien mieux que de laisser flotter et dériver ses idées. Il serait mieux, bien sûr, de les confronter aux idées des autres. Mais le débat, dans l’oralité, est toujours une histoire d’entourloupe : il est si facile pour certains de tromper son auditoire et de l’amener, en partant de « Blanc », à « Noir ». Bien sûr, il y a le risque de tourner en rond… C’est pour cela que je nourris mes idées de livres, de lectures… même si, faute de temps, les sujets sont bien limités. Bref, ce Blog m’est nécessaire, un exutoire, une libération, une re-construction, une clarification, une déclaration urbi et orbi … sachant bien sûr qu’aucun article ne peut espérer faire le point sur une idée et en exprimer toutes les nuances, tous les points de vue. Mes articles sont partiaux, ils ne montrent que mon point de vue ; parce que les compromis, s’ils ménagent la chèvre et le chou, ne font pas avancer le monde, ni moi. Allez, je continue !

Tombeau

2009/06/27

Maintenant, je dispose d’un tombeau, avec une place qui m’est réservée, à côté de mon épouse. Le tombeau est orienté au Sud, dans le Midi. Il est en belle pierre. Et, en plus, il y a une croix gravée dans la pierre…
La belle affaire !
Je n’en ai strictement rien à foutre !
Une fois mort, que mes enfants fassent ce qu’ils veulent de mon corps, cela n’a aucune importance. Simplement, pour eux, cela peut être, non pas un réconfort, mais un apaisement, de savoir où est ma dépouille. Alors, incinéré et jeté aux 4 vents, jeté aux chiens ou aux vautours, mangé par les vers, jeté dans un fossé, momifié… ça n’a pas d’importance ! Aucune ! Qu’ils fassent comme bon leur semble.
Simplement, j’aimerais bien qu’on y grave : 2^q-1 = (8x)^2 – (3qy)^2 , ma seule (et inutile !) contribution aux Maths ! 🙂 Avec un joli dessin. Histoire d’intriguer le passant et de le divertir un peu dans ce lieu lugubre. Un peu comme les Sangaku japonais.

Pour le moment, seul comptent : le ciel bleu, le soleil, l’herbe douce sous les pieds, le vent qui fait bruisser les feuilles, la beauté des filles, les beaux livres, la poésie, la belle musique… La vie, quoi !!

Femmes

2009/06/27

« Femmes – Poèmes d’amour et de combat » est un petit recueil de traductions depuis l’anglais de poèmes bengalis de Taslima Nasreen. Malgré la double cascade de traduction, ils sont beaux et forts.
Elle y parle de l’amour, de ses amours, de ses déceptions, de l’oppression des femmes, de sa mère, de la libération des femmes du joug des hommes, de son renoncement aux hommes, de son auto-sexualité et de son homo-sexualité.
Par exemple, elle y est très dure avec elle-même quant à son non-amour passé pour sa mère. Elle a côtoyé sa mère sans jamais l’aimer alors qu’elle était tant (mais parfois mal aussi) aimée. Elle n’a réalisé que trop tard, sous l’effet du manque et de l’absence.
L’un des premiers poèmes que j’ai lus en feuillettant le recueil parle d’une soirée mondaine en Suisse. Les gens viennent la féliciter, lui offrir des fleurs, lui serrer la main, avoir un autographe, l’embrasser… Une femme vient, ne lui apporte pas de fleurs, ne lui tend pas la main, ne lui parle pas de ses livres, ne l’embrasse pas. Simplement, ayant beaucoup souffert elle-aussi, elle dit : « Je suis venue pour pleurer avec vous, un moment ». À ces mots, c’est comme si le Bramhaputre se vide par les yeux de Taslima. Et, ayant lu sa biographie, moi aussi j’ai pleuré…

Temps de l’amour

2009/06/26

Il y a plusieurs périodes dans l’amour, plusieurs temps.
Il y a le temps de la première fois, des découvertes, de l’amour fou.
Il y a le temps de la construction d’une famille, du bonheur.
Et il y a le temps où l’on profite des dernières lueurs du soleil couchant, avant la nuit.
Le temps passe toujours trop vite…

তসলিমা নাসরিন

2009/06/22

তসলিমা নাসরিন
Waowww ! Je ne pensais pas que ce Blog pourrait afficher du Bengali ! C’est très joli ! C’est le nom de Madame Taslima Nasreen en bengali.
Je viens de finir « Rumeurs de haine » : la chronique de Lajja, la fatwa, les 2 semaines où elle a dû se cacher pour survivre, et … son exil.
En lisant les interviews sur le Web, je vois que beaucoup de journalistes racontent des bêtises … disant que la fatwa qui réclamait sa tête était due à son livre Lajja. Non, cette fatwa est simplement la conséquence du mauvais travail d’un journaliste indien (ou du très bon travail ?!). En voyage en Inde pour Lajja, et pensant calmer les journalistes en leur donnant enfin une interview, Taslima parle du Coran et de la loi coranique, et qu’il faut réformer cette loi. Mais le journaliste écrit que Tasliman veut réformer le Coran… et tout part de là, puisqu’il est totalement insupportable pour tous les dévots islamiques d’imaginer corriger le Coran (pourtant, c’est simple, il suffit d’arracher toutes les pages… et de les brûler). Car le Coran est parfait ! De là s’ensuit une fatwa, puis une plainte de l’Etat bangladais selon une vieille loi passée par … les anciens colonisateurs anglais, sur le blasphème. Et le gouvernement bangladais, qui léchait le cul des fondamentalistes, leur laisse la bride sur le coup…
Bien sûr, les bangladais n’avaient pas aimé Lajja, puisque Taslima y décrivait simplement ce que les musulmans ont fait subir aux Hindoux du Bangladesh suite à la destruction d’une mosquée en Inde. Pourtant, Taslima n’était pas naïve en l’écrivant : elle savait bien que les Hindoux eux-aussi ont leurs fous et leurs fondamentalistes. Simplement, elle n’aime pas la violence et la dénonce, même si elle vient de ses frères.
Bien sûr, les dévots et les hommes n’aimaient guère Taslima, par sa façon d’écrire pour les femmes dans ses chroniques choisies (retrouvées), pour sa façon de dire tout haut tout le mal qu’elle pensait de l’Islam.
Non, simplement, elle a servi de levier pour que toute la force du fondamentalisme se déploie au Bangladesh, et occupe toute la place.
Une pauvre petite femme, hardie dans ses mots, mais si fragile, si simple, bien belle.
Il lui a été reproché de ne pas être un si grand écrivain que cela (et elle était d’accord)… d’écrire pour les femmes de la classe moyenne (celles qui savent lire) au lieu d’aider les femmes illettrées des campagnes à devenir indépendantes. Il lui a été reproché de ne pas simplement protester contre la non-application des règles du Coran qui, par exemple, autorise les hommes de répudier leur femme, à condition qu’ils l’indemnisent. Il lui a été reproché d’être une femme libre, mariée 3 fois, avec quelques amants. Quelle importance en France ? Alors que, là-bas…
Bref, peut-être que Taslima n’est pas un grand écrivain, par son style. Mais sa façon de dire ce qu’elle pense, sans fioriture, sans calcul, avec toute la sincérité de sa belle âme, avec la richesse d’une description détaillée de la société, de sa vie et de ses relations avec sa famille, voilà ce qui fait que ces trois livres : « Enfance, au féminin », « Vent en rafales », « Rumeurs de haine », forment un témoignage unique et puissant. Elle me rappelle Jules Vallès (« L’enfant », « Le bachelier », « L’insurgé »), même si ce dernier était un homme luttant contre la misère (et que je n’ai pas lu jusqu’au bout les 3 bouquins !), mais lui-aussi exilé. Ces trois livres permettent de plonger dans sa vie, de vivre sa vie. Ces livres créent de l’empathie. Ces deux très longues semaines où elle est cachée par quelques amies et amis, au péril de leur vie, elle les raconte, dans le menu, au long de plus de 100 pages. On la voit perdre espoir, pleurer, ne plus dormir, ni manger, trembler, attendre, se cacher, rester dans le noir, lire tous les jours les journaux où des fous réclament sa mort, entendre dans la rue des fous réclamer sa mort, trembler, se ratatiner… Pour être sauvée finalement par l’action des gouvernements européens, poussés par les intellectuels qui écrivent sans cesse pour réclamer qu’on la sauve. Mais, la sauver, c’est l’arracher de ses racines, de ce pays qu’elle adore mais qui la hait maintenant.
Une toute petite femme, fragile, qui aime son pays, sa famille (malgré leurs gros défauts), qui n’est heureuse que dans son pays de misère, de chaleur, d’obscurantisme, de bêtise… où la République laïque est balayée par la montée du fondamentalisme, bêtement soutenu par des imbéciles qui y recherchent le moyen de rester au pouvoir.
Oui : Merci, Mme Taslima Nasreen, d’avoir écrit ces livres. Leur existence valait bien vos sacrifices, malgré toute votre douleur d’être partie…

Bac philo série S

2009/06/19

Est-il absurde de désirer l’impossible ?

Waow ! Moi qui ai eu 6 au Bac en 77, qu’est-ce que je pourrais bien dire aujourd’hui ?
– absurde
– désir
– impossible

Qu’est-ce qui est impossible ? Est-on sûr que ce que l’on croit impossible est vraiment impossible ? S’il s’agit de pouvoir revenir dans le temps, de faire revivre les êtres aimés… c’est impossible. S’il s’agit de buts, comme d’avoir une maison, trouver une femme à aimer, l’un est question de volonté et de travail, l’autre est question d’état mental. Il y a des buts, apparemment impossibles à un moment donné, qui deviennent possibles, avec le temps. Définir une frontière entre le possible et l’impossible, c’est à la fois utiliser sa raison, avec la limitation de nos connaissances actuelles, et c’est aussi montrer sa façon de voir le monde. L’impossible pour l’un peut sembler possible pour l’autre. Mais, l’impossible est-il comme LA Vérité, indéfinissable ? Juste une idée, mouvante, basée sur nos connaissances à un moment. Mourir, puis revivre, est impossible ; car notre esprit meurt avec notre corps, et il est (actuellement) impossible d’enregistrer l’état mental d’une personne en enregistrant la configuration de tous ses atomes, et puis de reproduire cette personne… Impossible aujourd’hui. Peut-être pas demain. Peut-être pas ailleurs…

Désirer. Désirer, c’est vivre, c’est vivre malgré les difficultés. Ce n’est pas rêver, en se mentant à soi-même. C’est avoir un désir puissant de quelque chose, une force en soi qui peut changer les choses. Un flot d’hormones qui nous rend optimiste, qui nous fait vouloir quelque chose, qui nous rend dépendant de la satisfaction de ce désir, qui nous fait parfois souffrir, de ne pas le réaliser.

Absurde. Ce qui est absurde est ce qui échappe à toute logique, qui est anormal. Mais, qu’est-ce qui est absurde, dans ce monde où rien n’est permanent ? Rien n’a d’importance, à la fin. Seul le résultat final compte : à la fin, on est tous morts. Mais, il y a des actions qui aident les autres, qui donne de l’espoir pour un meilleur futur. Quelle logique faut-il suivre ? Celle d’éviter les risques, de rester dans son cocon, pour vivre plus longtemps ? Celle de tout vivre, de tout essayer, en brûlant sa vie, l’écourtant ? On est absurde par rapport à une règle, une logique, une normalité. Dire 0=1 est absurde, mais ce sont des Maths, un monde (presque) parfait. Notre monde n’est pas parfait, notre monde n’est pas uniforme, les société humaines sont diverses. Alors, l’absurdité n’est pas universelle, comme les règles que s’imposent les hommes.

Alors, croire en Dieu, est-ce absurde ? Non, si cela aide à mieux vivre. Oui, si cela entraîne plus de mal que de bien. Oui, parce que tout montre qu’un Dieu personnel est impossible. Et puis, croire, c’est abandonner sa raison, c’est accepter sans preuve. C’est la bêtise à l’état pur, le contraire de la philosophie. C’est renoncer à notre humanité : toujours remettre en cause notre façon de voir le monde, parce que – bien que jamais nous ne le verrons comme il est – nous pourrons toujours nous en approcher, en asymptote sur une infinité de dimensions.

Alors, désirer le bonheur, est-ce absurde ? Car le bonheur est impossible à atteindre. Car le bonheur n’a pas de définition, n’a pas de consistance, pas de réalité universelle. L’un est heureux dans le dénuement le plus complet, alors qu’un autre est heureux dans une vie de travail acharnée consacrée à conquérir, dominer, ou accumuler. D’autres sont heureux à jouir de la vie sans la comprendre. Certains ne conçoivent pas de vivre sans essayer de comprendre le monde, et de se comprendre soi-même. Le bonheur, pour soi, les siens, dans le respect des autres et de la Nature : pas simple !!

Alors, désirer toujours apprendre plus, est-ce absurde ? Alors que jamais on ne pourra tout apprendre, tout comprendre.

Il serait plutôt absurde de ne rien désirer, d’être comme un animal mécanique, de ne faire que l’essentiel pour vivre et survivre, sans penser à rien d’autre, d’une autre façon de vivre.

Alors, désirer se changer, se transformer, est-ce absurde ? Pourtant, rien de plus difficile que de changer sa façon de penser. Mais, pourtant, avec le temps, avec l’âge qui avance, avec les souffrances déjà vécues, les illusions et les rêves envolés, on voit les choses autrement, on pense autrement, on change…

Alors, oui, il est absurde de désirer l’impossible : fournir une réponse unique à cette question. Ce qui compte, ce n’est pas la réponse, c’est le questionnement, c’est rentrer dans les profondeurs de la complexité des mots, des phrases, des idées. Mais, à toujours s’interroger, à abandonner la vie réelle, on perd sa vie : c’est absurde !

Thèse, anti-thèse, synthèse. Comme si tout n’était qu’une question de point de vue, comme s’il n’y avait pas de vérité unique, mais des milliards de vérité, une pour chaque être humain. Juste pour arriver à la conclusion qu’aucune réponse n’est bonne. Que cette vie n’est qu’un jeu absurde, idiot, mais auquel on a pris goût ! et dont on n’imagine pas pouvoir s’en priver, ou en perdre des morceaux, comme la vue, la marche, l’ouïe… Alors, quoi qu’on fasse, quoi qu’on désire, la vie est absurde. Mais il serait absurde de ne pas la goûter comme on goûte les cerises sur l’arbre, comme on mâche les grains de raisins gorgés de sucre… satisfaisant les programmes générés par la Sélection Naturelle, qui nous pousse – instinctivement – à des actions. Nous nous croyons libres, alors que nous ne sommes que les jouets d’instincts multi-millénaires. Alors, peut-être bien que nous sommes libres lorsque nous n’agissons pas comme les animaux, lorsque nos actions ne sont pas décidées par nos instincts, lorsque nous consacrons notre temps à des activités … intellectuelles, lorsque nous faisons des choses imprévues, imprévisibles, improbables, comme peindre, comme écrire un poème… Finalement, aimer son épouse, ses enfants, avoir envie de manger, de boire, de faire l’amour, de dormir, de bouger, ce sont nos instincts qui nous y poussent. Mais, écrire : pourquoi ? Parce que l’Homme est paroles ?! Alors, on n’est plus dans le désir.

La Mort

2009/06/19

Ah ! Quel beau sujet de discussion ! La mort ! Pas sa propre mort, la mort des autres, les morts que l’on a vus, les gens qu’on a vus mourir.
Il y a d’abord la mort des animaux : tous les insectes que l’on tue par inadvertance ou par nécessité, les sauterelles vertes à qui j’ai arraché des pattes…, les lapins ou moutons que j’ai vus tuer, les quelques mammifères que j’ai tués (souris, lapin), mon chien que j’ai vu se faire heurter par une voiture à 2 mètres, et les êtres humains…
Le premier cadavre que j’ai vu, je devais avoir 10 ans environ. Je revenais du jardin de mes parents, en voiture avec eux. Il y avait eu un accident, les voitures passaient au ralenti, et il y avait un corps allongé sur la route.
Mon père ? Je n’ai jamais vu son corps…
J’ai vu ma belle-mère, morte brutalement en juillet, d’un AVC. Il faisait très chaud, les pompes-funèbres avaient mal fait leur travail et le corps, gardé une nuit de veillée funèbre dans sa maison, se décomposait et se liquéfiait, avec une odeur … particulière, particulièrement pénible. Et puis la grand-mère de mon épouse, ratatinée de 7 années d’Alzeihmer à mourir à petit feu. Et puis mon beau-père. Et puis le père de mon beau-frère. Et puis, mon épouse…
Il y a une différence entre voir la dépouille d’une personne morte, et la voir mourir…
Il y a une différence entre voir le corps d’un inconnu et celui d’un proche…
Il y a une différence entre la mort d’un proche et la mort de son épouse…
J’ai pu en parler ce matin à ma psy. J’avais dû en parler un peu au premier psy que j’avais vu, il y a deux ans, mais si peu, mes mots noyés dans les larmes. Aujourd’hui, bien sûr, l’émotion et les larmes sont venues. Mais j’ai pu les contenir, décrire rapidement ce qui s’était passé, jusqu’à sa fin, et puis les obsèques et toutes les choses à faire qui rappellent péniblement, douloureusement, ce qui s’est passé.
C’était le vendredi 2 juin 2006. Dans la nuit, elle avait eu des douleurs atroces, terribles, dans le ventre. Le médecin des urgences avait diagnostiqué un possible calcul, et avait demandé une radio… qui ne montra rien. Le dimanche matin, nous étions allés voir jouer notre fils au foot. Le soir, même douleur insupportable. Urgences de l’Hôpital. Scanner : rien. IRM : rien. Ouverture. Lorsque j’ai vu le médecin qui l’avait opéré, il m’expliqua que les douleurs étaient dues à une occlusion intestinale, elle-même due à un cancer. Il n’y avait rien à opérer, car le cancer était trop développé, sur les intestins et sur le péritoine. Il a fait des prélèvements, et a tout remis en place… À sa façon de m’expliquer, il était clair que c’était très grave… Déjà, il devait savoir que les chances de survie était très faibles, voire infimes, mais il ne le dit pas. Les douleurs de mon épouse étaient si fortes qu’il lui fallait de la morphine, en continue. De plus, probablement à cause d’une erreur de soins, elle a eu un déchirement des points, plus un gros abcès, que les infirmiers ne voyaient pas… Elle, infirmière, le voyait bien. Alors, pendant environ un mois des 5 mois de sa maladie, je suis venu le matin pour l’aider faire sa toilette. Puis j’allais « travailler », puis je revenais en fin d’après-midi, avant de repartir le soir. Je suis venu tous les jours la voir, restant à chaque fois 5 ou 6 heures. Plusieurs fois, elle a pu revenir à la maison, en HAD (Hôpital À Domicile). C’était mieux pour elle, et pour nous. Mais je ne pouvais pas rester tout le temps avec elle, des amies à elles m’ont heureusement aidé, venant si gentiment passer du temps avec elle, malgré son état mental. Car, en plus de la morphine, elle a subi plusieurs séances de chimiothérapie. Comme, en été en France, plus rien ne fonctionne, elle n’a pas pu profiter d’un protocole novateur, expérimental ; elle n’a pu recevoir qu’une chimio « classique ». Hélas, l’une des séances lui a ôté la capacité de mémoriser à court terme. Ainsi, lorsqu’elle se levait pour faire quelques pas de son lit, elle devait s’arrêter au bout d’un ou deux pas, retenue par les perfusions… Elle se retournait et, surprise, regardait avec étonnement la tuyauterie qui l’alimentait, reliée à la potence d’où pendait les bouteilles de perfs… Elle ne se souvenait plus de sa maladie, de sa situation… Sur mes conseils, elle avait commencé à écrire dans un cahier, pour se souvenir… Après une ou deux pages, elle a arrêté. Il fallut aussi arrêter la chimio. Alors, d’un côté le Professeur parlait de nouveau protocole de chimio, et de l’autre les internes baissaient le regard, ne disant rien. Puis on parla de soins palliatifs, façon de ne pas dire clairement que tout espoir est perdu, que les métastases se répandaient dans les poumons et dans le cerveau. Puis on l’installa, de chambre en chambre, jusque dans l’une des chambres du fond, réservée aux malades en fin de vie. Elle sombra dans le coma, ne communiquant plus, mais son corps résistant encore un peu. Elle mourut un dimanche après-midi. Je n’étais pas là : mon fils et moi étions rentrés à la maison, nous reposer, épuisés. Sa soeur et ma fille étaient restées. Je n’étais pas avec elle quand elle est morte. Qu’importe, elle était déjà partie depuis plusieurs jours… Son esprit s’était endormi déjà, son cerveau envahi, détruit. Elle n’était déjà plus. Alors, je n’ai pas beaucoup pu lui parler pendant ces 5 mois. La morphine, qui soulageait en partie ses douleurs intolérables, l’assommait et l’empêchait d’avoir toute sa tête, avant qu’elle perde la mémoire à court terme, comme un remake d’une « histoire sans fin », où il fallait, régulièrement, lui expliquer ce qui s’était passé, son état…
J’arrive maintenant à le dire, et à l’écrire, sans pleurer à chaudes larmes… Quelques larmes seulement, bien sûr. « J’ai tout pleuré » déjà, presque chacun des jours des huit mois qui ont suivi. La vie continue. Autrement, différente. L’Homme s’adapte à tout, même au malheur. Je suis devenu plus fort, je me suis relevé enfin de ma dépression d’avant sa maladie. On peut même dire que, sans sa maladie, je serais en moins bon état que maintenant. Mais… j’aurais préféré que les choses se passent autrement quand même… pour elle, et pour mes enfants… Finalement, des trois, je suis le premier à ressortir du brouillard. Peut-être bien grâce à ces deux années de psy ; mais aussi grâce à d’autres choses : poèmes, amis, lecture, amour, beauté, mails, Blog, ballades en montagne, … Heureusement, je n’ai jamais pris d’anxiolithyque, ni de somnifère. Rien, à part pas grand chose pour faciliter le plongeon dans le sommeil, les quelques fois où c’était difficile. De toute façon, avec les acouphènes, j’attends le plus tard possible, pour que la fatigue m’emporte vite dans le sommeil.
Alors : « tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » !
Elle n’est plus. Ma vie continue. Je pense à elle de temps en temps. Parfois, je cite ce qu’elle aurait dit à tel propos. Il y a une photo d’elle dans ma chambre, avec les enfants. Il y a 4 ou 5 photos d’elle au bureau. Il reste nos souvenirs, ses principes. J’ai écrit, dans la douleur, deux poèmes pour crier ma douleur, peu après.
Et puis, elle aimait la viande rouge et la cochonaille (tradition familiale), et elle avait pris du poids, malgré le vélo et la gymnastique. Je n’ai jamais aimé la viande rouge et je n’en mange plus qu’une ou deux fois par semaine ; je surveille mon poids et je fais du sport. Je mourrai sans doute d’un autre cancer… ou d’un accident. Bah ! On verra bien. Maintenant, il faut songer à autre chose. Le plus dur, c’est de tourner la page, et passer à autre chose. C’est fait, j’ai accepté. Je suis prêt. Pour qui ? C’est une autre question. Il faut beaucoup de temps pour que deux personnes se connaissent, deviennent intimes, se fassent confiance, qu’il y ait connivence, confiance, et plus. On verra bien.

Lac gelé

2009/06/14

Lac du Vallon

J’étais en montagne aujourd’hui, avec Jo et Christine. Au lac du Vallon, près de Bourg d’Oisans ; enfin, derrière, à l’ouest du Lauvitel.
Une belle ballade ! Avec un beau lac (encore gelé) comme récompense à l’arrivée. C’était juste un peu haut … 2493m et presque 1400m de dénivelée ! Avec une pente bien raide, et quelques passages difficiles (pour moi ! qui suis une poule mouillée). Ouf ! J’en peux plus… Il y avait de belles fleurs encore. De là-haut, je pouvais voir plusieurs endroits où je suis déjà allé : le haut de la ballade de la cascade de Vaunoire, le Taillefer, et au fond le Col de L’Arc et le Pic St-Michel dans le Vercors. Une belle vue. Et nous sommes redescendus juste à temps : la pluie est arrivée quelques minutes seulement avant de rejoindre la voiture.
Epuisé ! Mais heureux !
Enfin, demain, on verra pour les courbatures et les (petits) coups de soleil !