Espoir & Désespoir

Nous nous étions tournés autour l’un de l’autre. Elle d’abord. Moi ensuite.
J’avais osé commencer la discussion.
Elle ne répondait pas…
J’ai continué, jetant les idées qui me venaient, telles que, en vrac. Parfois marrantes, parfois loufoques.
J’étais un chevalier cherchant un dragon à terrasser pour plaire à la « belle », pour attirer son regard sur moi, pour essayer de la faire s’intéresser au crapaud qui sautillait autour d’elle. Sans grand succès, hélas…
Indifférence ? Lassitude ? Blessures passées ? Etourdissement dans le travail ? Monde personnel déjà bien rempli d’amitiés ?
Allez savoir… quand les mots sont rares, il n’est pas facile de comprendre…

Nous nous sommes rencontrés, vus. Une rencontre ! Une première rencontre, ce n’est pas facile… La pièce était dure, et faisait écho à des souvenirs douloureux mais rangés dans leur boîte dorée. Ce n’était pas grave. La pièce était profonde et grave, mais belle.
Elle écrivait peu. J’écrivais beaucoup, trop, sans doute pour remplir le manque, pour accrocher ses pensées sur moi. J’écrivais trop, bien sûr. Quand on pédale dans le vide, on a toujours tendance à parler trop… J’écris toujours trop… Et je parle aussi. Elle dit que « les hommes n’ont rien à dire » ! Moi trop peut-être, et pas forcément sur des sujets bien intéressants… Ni de foot, ni de voitures, en tout cas… Mais pas non plus de montagne, ni de ski… La neige, j’aime bien ; un peu.

Nous nous revîmes. Moi qui ai la sainte frousse du ski, malgré le plaisir évident qu’il procure, j’ai chaussé des skis de fonds et j’ai affronté (sans quarts ! quelle horreur) la piste transformée en glace. Et j’ai perdu : 3 chûtes à 1. Et je me promets de recommencer, l’hiver prochain, quand la neige sera moins dure !
Je cherchais désespérément un spectacle, une pièce de théâtre, un film… pour se revoir.
Et puis, elle m’a gentiment proposé d’aller marcher, dimanche, et/ou d’aller voir un film.

Oui, j’étais content, et heureux : au lieu de la journée habituelle, à tourner entre le Blog, les mails, les lectures, la musique !, les petites sorties à la campagne ou en montagne, les lessives, le repas, j’avais la joie et le bonheur de l’espoir de la compagnie d’une de ces merveilleuses et mythiques créatures qu’on appelle une « femme », et que certains disent avoir déjà rencontrées, une fois, par hasard, au moment où ils s’y attendaient le moins. Les veinards. Mais je pense qu’ils affabulent… comme pour le Dahu.
Alors, oui, j’étais content. Quelle que soit la suite de ces quelques heures. Simple connaissance avec qui on a plaisir à aller voir un spectacle (à deux, tout est mieux ! plus coloré, plus gai !). Belle amitié. Ou plus. Allez savoir. Ce n’est pas écrit dans les livres. Pour que l’amitié commence, et tout commence par de l’amitié, il faut se parler, se connaître, se fréquenter, se livrer, écouter, se mettre -peu à peu- à nu. Quelle importance de se mettre à nu ?

Mais, hélas, la belle, profitant enfin de sa liberté, sans famille, sans enfants, entre deux semaines de travail, la belle donc annonça -bien tard…- qu’elle préférait profiter de son chez elle, de son jardin… seule.

Alors, le dimanche fut bien triste, et ma déception bien grande…

Pour se connaître, s’apprécier, se découvrir à l’autre, découvrir l’autre, se livrer peu à peu, il faut du temps…
Déjà, les regards, les allures, la voix, plaisent. On demande à mieux connaître l’âme qui se cache derrière… et lui parler, d’Homme à Homme d’abord. D’homme à femme, et de femme à homme, ensuite, peut-être.
À moins qu’elle espérait le coup de foudre ? Mais l’orage gronde moins souvent avec l’âge…

Alors, je la comprends, sans l’approuver. Au Printemps, il y a tant à faire dans un jardin… Alors, je dois encore me souvenir de tous ces week-ends de mon enfance passés à sarcler, bêcher, moto-culter, semer, tailler, tondre, planter, arroser, traiter, arracher, désherber, brûler … J’aurais pu aider, je pense. Mais, peut-être que son besoin de solitude était bien fort. Ou peut-être que le drôle de zèbre que je suis inquiète. Pourquoi ? Je n’ai jamais mangé personne… même quand -mais il y a bien longtemps de cela…- une autre voulait, et que je ne voulais pas. Ou peut-être que, comme beaucoup parmi nous, elle cache une ou des blessures, des souvenirs pénibles qui rendent difficiles les rencontres… Ou bien encore, tout simplement, je ne suis pas le Prince Charmant qu’elle souhaite… mais il n’y a plus de princes charmants, ne le sait-elle pas ? Allez savoir… Ou, tout simplement, le plaisir du jardin, de la maison, seule, était plus attirant ; un peu de liberté pour soi seule, c’est si bon ; surtout quand c’est si rare. Là, on se retrouve, on se trouve, on se découvre même.

En plus, elle écoutait « Rokia Traoré à fond. C’est trop beau. J’adore ! » Mais la plus belle des musiques devient encore plus belle quand on est deux à l’écouter, à l’apprécier, à en sourire de plaisir, dire son bonheur à l’ami(e). Moi aussi, au moment même où elle envoyait son SMS, j’écoutais Rokia : Dounia. Et quelques larmes se sont mises à tomber (sur mon parquet, oui Francis). La déception et Dounia, c’était trop. Les hommes ne pleurent pas, paraît-il. Foutaises. Quand on est triste, il faut pleurer. Anaïs dit qu’elle aime les hommes qui sont capables de pleurer, qu’ils sont plus forts… Je ne sais pas ; je dirais plutôt qu’ils sont plus vrais. Mais, à 15 ans, elle a beaucoup à apprendre encore… Les hommes se cachent pour pleurer… au fond des tranchées ou perdus dans la neige, mais pas pour un rendez-vous annulé, tout le monde sait ça, voyons.

Alors, « désespoir » est un bien grand mot… Mais, après espoir, puis déception, qu’y a-t-il donc ?
L’espoir ! Encore. L’espoir de la revoir. L’espoir que ce n’était qu’une hésitation, le plaisir de profiter du soleil, de son jardin, de sa liberté, de sa maison, en écoutant la magnifique Rokia, que je lui ai faite découvrir, et l’espoir que -demain peut-être- elle me rappellera, que l’histoire continuera… Car je ne peux pas ainsi, sans me vider de ma substance et de mon âme, me jeter ainsi à corps et âme perdus pour attirer le regard et essayer de conquérir et séduire, ne serait-ce que pour une amitié. Il me faut du temps pour re-remplir mon réservoir d’enthousiasme -déjà qu’il y a des fuites, alors…

Et puis, bien sûr, bêtement, me sont revenus les beaux vers d’Aragon :
Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D’une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d’inconnu

mais c’était bien trop fort, une paire de mains en guise de proie, pour un simple petit rendez-vous pour se mieux connaître.
Alors, « les gens heureux n’ont pas d’histoire » et j’aime bien écrire… Mais je préfèrerais écrire moins, occupé par ailleurs…

Alors, « Dee-Dee », « tente le diable », rappelle-moi, s’il-te-plaît!
Et « apprendre à vivre la solitude à deux », comme le suggère Ben, c’est bien mieux que de rester tout(e) seul(e).

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