Archive for janvier 2009

Quel futur pour nos enfants ?

2009/01/31

Nous sommes à la croisée des chemins, paraît-il.

L’activité humaine est en train de réchauffer la planète, et tout pourrait bien être bouleversé… Alors, en ce mois de Janvier où on se gèle, certains s’étonnent et nient l’évidence. Pourtant, plus de chaleur cela veut dire plus d’énergie : la météo changera plus vite (instabilité) et il y a aura plus d’extrêmes (hivers glacés, tempêtes, étés brûlants, …). Cela vient, peu à peu. Enfin, certains modèles sont plutôt exponentiels, comme la fonte des glaciers des pôles, qui glissent vers la mer bien plus vite qu’on ne le pensait avant. Alors, cela pourrait aller très vite…

Alors, me direz-vous, notre intelligence peut nous permettre de nous adapter. Tout à fait ! Sauf que le pétrole, indispensable à nos économies (vous vous voyez tirer les charrues parce qu’il n’y aura plus ni chevaux de labours ni boeufs adaptés ?), sera plus rare aussi. Mais c’est aussi la nature autour de nous qui va avoir du mal à s’adapter. Déjà, il y a des signes : des variétés de plantes se déplacent vers le Nord, ou grimpent dans les montagnes. Mais ce sont les plantes qui nous nourrissent (blé, riz, pommes de terre, …) qui risquent de ne pas supporter les printemps trop pluvieux, les étés trop secs, les nouveaux parasites, etc. Il est urgent que les pays cessent d’acheter des semences fabriquées aux USA (…) et reviennent à les gérer eux-mêmes, comme avant.

Alors, quand ? Quand notre monde va-t-il ne plus tourner rond ? Dans 100 ans ? Dans 50 ans ? Dans 25 ans ? Nul ne le sait. Mais nos sociétés vont souffrir. Enfin, pas toutes. Ou pas toutes autant. Celles qui sont encore restées proches d’une vie « naturelle » (petits villages, cultures vivrières, faible consommation d’énergie, …) et dont le climat ne sera pas trop bouleversé supporteront mieux : elles pourront s’adapter. Mais, quand on voit les cartes prévoyant les augmentations de température sur la planète, on se demande bien combien de millions d’êtres humains seront épargnés. Dans nos sociétés maintenant artificielles (grandes villes, commerce sophistiqué entre sites très éloignés, dépendance totale vis-à-vis de l’énergie), cela va être difficile… Ce n’est pas comme pendant la IIème Guerre Mondiale où la campagne était encore aux portes de nos villes. Il serait enfin temps de se rendre compte que nos villes ont grandi anarchiquement, sous l’influence d’un cancer qui s’appelle : énergie, et qui nous permet d’habiter au Nord d’une ville et de travailler au Sud. Quand il faudra tout faire à pied ou à vélo, ce sera un peu tard… Il serait temps que les gens habitent plus près de là où ils travaillent.

Alors, contrairement à ce que certains imaginent, le futur risque d’être moins agréable que notre présent… Et, pour des hommes et des femmes habitués à vivre « facilement » (l’énergie facile pour faire tourner nos machines), cela risque d’être insupportable.

Des pays se battront pour maîtriser les dernières zones d’exploitation de pétrole, ou bien pour accéder à l’eau et aux terres encore cultivables. Sympa ! Des maladies oubliées reviendront, et décimeront les populations, qui s’entretueront pour survivre et se nourrir. Sympa ! Il est aussi bien sûr possible qu’une nation nucléaire va malencontreusement (Tchernobyl était la conséquence d’un test foireux et foiré. On peut bien imaginer un logiciel qui déconne ou un pirate qui s’introduit dans un site mal protégé) ou volontairement (le nationalisme revient : regardez en Russie) appuyer sur un bouton, histoire de se débarrasser d’une menace … maintenant imaginaire.

Allez donc savoir ce qui va se passer jusqu’à la fin de ce XXIème siècle… La mer montera, des îles disparaîtront (ça a commencé…), des villes (Nouvelle-Orléans, Venise, …) disparaîtront, des pays mêmes seront rayés de la carte (Bangladesh), des millions d’hommes et de femmes fuiront leurs terres envahies par la mer.

Alors, est-ce la faute de la Science, et de la Technique ? Ou bien l’Homme n’arrivera-t-il jamais à être raisonnable ? Je crains que, avec notre cerveau de Cro-Magnon, nous n’ayons pas le temps de nous adapter…

Enfin, des hommes et des femmes survivront. Mais notre Paradis sur Terre aura disparu… Bah, de toute façon, notre espèce est amenée à disparaître dans quelques millions d’années. Alors, un peu plus tôt, un peu plus tard ! Pourvu que nous n’entraînions pas avec nous trop d’espèces animales… histoire de laisser la chance à une autre espèce. Les Bonobos, peut-être ? L’Orang-Outan ? ou bien auront-ils disparu, avec leurs forêts (remplacées, en Asie, par des plantations de palmiers à huile). Ou bien les éléphants…

Bon, c’est un peu déprimant tout ça… Et si on profitait des Soldes tant qu’il en est temps !! Histoire d’oublier qu’on fonce vers le précipice… oublier que, une fois passé l’horizon du Trou Noir qui va nous engloutir (avec nos iPod, iPhone, voitures, vêtements de marque, télévision, vacances à l’autre bout du monde, immeuble grattant le ciel, …), il n’est plus possible de faire marche arrière, attirés inéluctablement vers le broyeur (d’atomes, pour le vrai trou noir). D’après ce que je lis, je crains que nous ayons dépassé la limite, et que notre billet de retour n’est plus valide… Bon, j’essaierais bien de me trouver un petit coin de France, tranquille, où je pourrais cultiver des patates, mais je n’en ai pas le courage… Faisons comme les passagers du Titanic : continuons à danser et à boire du Champagne pendant que l’orchestre joue ! … et que le bateau coule. Joyeux naufrage ! compagnons d’infortune.

(bon, le pire n’est pas forcément sûr… mais je ne suis pas optimiste…)

Leibniz : Mathématiques et Philosophie

2009/01/31

Sans les mathématiques on ne pénètre point au fond de la philosophie.
Sans la philosophie on ne pénètre point au fond des mathématiques.
Sans les deux on ne pénètre au fond de rien.
Leibniz

Bon, c’était il y a 3 siècles… Et ici « Mathématiques » voulait dire : logique, raisonnement. Une lointaine époque où les philosophes s’occupaient aussi de : Mathématiques, Physique, Sciences naturelles, … Bref, où il était encore possible pour un seul homme d’embrasser l’ensemble des connaissances de son époque.

Ce texte est cité sur son site par Gregory Chaitin, un Mathématicien (bien sûr) qui « a défini la constante de Chaitin (aussi nommée Oméga de Chaitin), un nombre réel qui exprime la probabilité qu’un programme aléatoire s’arrête. Ce nombre possède des propriétés remarquables, à commencer par celle d’être défini sans ambiguïté, mais non calculable. » Bref, ce nombre existe (il a une définition) mais on ne peut pas le voir !

C’est bien là la force incroyable des Mathématiques : parler de choses qu’on ne peut ni voir/toucher ni même calculer.
De la même façon, on peut prouver qu’un nombre n’est pas premier (seuls diviseurs : 1 et lui-même) sans pouvoir en donner ses diviseurs non triviaux. Bref, il y a des nombres qu’on peut voir (imprimer leurs chiffres), dont on sait qu’ils ne sont pas premier, mais sans pouvoir rien dire d’autre !

C’est comme le théorème d’incomplétude de Gödel, qui dit qu’il existe des propriétés Mathématiques, vraies ou fausses, faciles à énoncer dans un système logique, mais pour lesquelles on ne pourra jamais trouver de preuve avec les outils de ce même système logique. Ce qui revient à dire que les Mathématiques, qui jusqu’à Gödel semblaient être toutes-puissantes, sont retombées de leur piédestal : elles ne peuvent pas TOUT démontrer. Les Mathématiciens n’en sont pas encore revenus…

Bon, assez de Maths pour aujourd’hui…
Ni Omega (de Chaitin), ni les nombres premiers, ni Gödel ne sont au programme des Mathématiques du Lycée, même en série S (sauf pour les nombres premiers quand on prend une option particulière), ni même dans un cursus « normal » de scientifique BAC+5.
Alors, je parle donc là de trois domaines que la majorité (99,99+ % ?) des gens ignorent (et qui vivent très bien sans !!). Pourtant, des milliers de personnes dans le monde y trouvent une réelle beauté. « Réelle » voulant dire ici que cette beauté est indépendante de nous et de notre monde : universelle.

L’amour

2009/01/27

Vaste sujet…
J’ai envie d’en parler, mais j’avoue être un peu impressionné par la taille et la complexité du sujet…
Je n’ai pas trouvé grand chose comme livres « sérieux » qui parlent de l’amour… C’est que c’est bien compliqué ! Non seulement il diffère entre hommes et femmes et selon notre âge, mais il diffère aussi selon les époques, les cultures, les siècles, les générations… Entre l’amour passion/fusion et l’amour à petits pas… il y en a des variétés. Entre l’amour d’une mère pour son enfant, et d’un enfant pour sa mère. Entre l’amour entre frères et soeurs, et l’amour entre homme et femme (ooops ! et entre homme et homme, et femme et femme, j’oubliais ! Mille excuses !). Et l’amour que nous avons aussi pour nos semblables qui souffrent.
Nous avons besoin d’amour, c’est indéniable. Aimer une personne, c’est … mille choses. C’est vouloir être avec elle, souvent. C’est vouloir son bonheur, avec ou sans elle. C’est être mal loin d’elle, comme en manque. C’est être impatient de la revoir, penser à elle. C’est sourire en pensant à elle, à ce qu’on lui dira. C’est penser un peu moins à soi, penser à elle ; alors qu’elle pense un peu moins à elle, elle pense à nous. C’est être heureux simplement en lui prenant la main, et la regarder dans les yeux, en souriant. C’est ne plus vraiment avoir besoin de dire : elle comprend à demi-mots. C’est partager des plaisirs, des bonheurs. C’est aussi la laisser tranquille, lui laisser son monde intérieur, comprendre qu’on ne peut pas toujours être ensemble, qu’il faut (pour ne pas que l’amour se lasse et se fane) être ouvert sur le monde, sur les autres. C’est donc avoir confiance en l’autre : prendre le risque qu’elle rencontre une autre personne… Alors, c’est difficile, bien sûr, de la voir s’intéresser à une autre personne… de comprendre qu’elle peut aimer parler et discuter d’autres choses avec d’autres personnes, et de comprendre qu’elle ne nous aime pas moins, qu’elle prend un peu d’air frais, qu’elle compare sans s’en rendre compte, avant de revenir vers celui qu’elle aime, profondément, rassurée et confirmée dans son amour. C’est avoir confiance, ne pas imaginer que ce magnifique amour puisse s’étioler, se faner, mourir. C’est possible, bien sûr. Les amours ne sont pas de pierre. Et même les pierres deviennent sable. Et, si elle a envie de partir prendre l’air, de retrouver sa liberté, un moment, pour faire le point, il faut l’accepter, attendre, avec espoir, avec calme. Il y a des moments où, après trop de se voir, l’amour se fatigue, s’use, prend des risques. Il lui faut prendre l’air, se séparer pour des vacances séparées, afin de voir si, de nouveau, comme au tout début, on souffre d’être seul, sans elle, loin d’elle, qu’elle nous manque, que ses sourires et ses rires nous manquent, que même ses colères enfantines nous manquent, que la toucher nous manque, que sa peau, sa bouche, son corps nous manque, que sa lumière, sa gaieté, sa petite folie, sa différence, que tout cela nous manque, et que la plus belle Nature avec le plus beau soleil nous est bien triste lorsqu’on est seul, sans elle. Alors, on réalise le bonheur qu’on a d’être avec elle, la chance qu’on a eu de l’avoir rencontrée, qu’on se soit choisis, ou qu’on se soit laissé prendre à son piège tendre, ou qu’on l’ait conquise, avec des mots, avec des attentions, avec sa bouche, ses mains, ses caresses, son désir d’elle, et son désir de la voir heureuse, dans ses bras, sous soi, sur soi… Alors, on peut revenir, se retrouver, voir si l’absence et la séparation ont eu le même effet, s’en réjouir, se retrouver, s’embrasser, et repartir ensemble, main dans la main, l’amour rechargé à bloc. Bien sûr, parfois, l’amour est fatigué, l’amour est usé, on a changé, elle a changé, on n’a pas changé ensemble, ou pas dans la même direction, on s’est éloignés, on ne voit plus les choses du même regard, on ne partage plus de la même façon, on s’est habitué à être ensemble, on est de vieux amis, parfois de vieux ennemis, pour des bêtises ou pour des raisons graves, sérieuses, ou qui semblent l’être. On est aussi parfois fatigué de la vie qu’on mène, à cause du travail, des enfants qui sont venus embellir notre couple, mais aussi le rendre plus compliqué, plus difficile, moins de son temps à elle pour soi, moins de son temps à soi pour elle, on court, on se croise, on se voit vite, trop vite, pas le temps de se toucher les mains, pas le temps de poser sa main, doucement, dans son cou, de l’effleurer, de la frôler, de s’approcher d’elle, de son corps, de son parfum, de sa chaleur, la sentir là, à portée de bouche, à portée de ses doigts, avec l’envie de la caresser, dans le cou, son visage, son dos, ses reins, ses fesses, son ventre, ses seins… imaginer presser son corps contre le sien, sentir son souffle et son coeur accélérer, ses yeux qui s’embrouillent, se ferment… et le bonheur de se donner l’un l’autre le plaisir du sexe et de la tendresse, comme un moment arraché à la tourmente, un moment volé au temps qui passe et nous emporte, encore un moment de bonheur, le simple bonheur d’être là, deux personnes tendres l’un à l’autre, surpris de s’aimer, surpris de ce petit miracle qui fait qu’on est bien, en confiance, qu’on se sent plus fort, de ne pas être seul dans la vie, de partager ces moments de confiance, de don réciproque, de faire chanter nos corps comme la Nature nous en a donné le pouvoir. Oui, c’est bon d’être deux… De ne pas rentrer le soir, tard, la maison vide et froide et silencieuse, de se demander ce qu’on va faire de ce temps, de cette liberté qu’on a et qu’on ne voudrait pas avoir, pouvoir partager, partager sa solitude pour la transformer en bonheur, avoir quelqu’un à qui faire des surprises, plutôt qu’arroser les plantes ou donner à manger aux poissons rouges… La solitude est la compagne de la liberté. Mais, aimer, être deux ensemble dans la vie, ce n’est pas le contraire de la liberté, c’est une liberté plus grande, mais plus compliquée… Bien sûr, on peut s’aimer pour de mauvaises raisons… Chercher le père qui nous a mal aimé… Vouloir un Prince charmant, qui n’existe pas. Ne pas comprendre qu’il faut être deux pour aimer ; et que si, malgré tous ses efforts pour la conquérir, pour qu’elle nous regarde avec ces yeux qu’on imagine, elle ne voit toujours en nous qu’un importun, il faut savoir renoncer… au moins temporairement. Parfois, deux personnes sont faites l’une pour l’autre, mais l’une n’est pas prête, est dans un autre rêve, irréalisable, d’un autre genre d’aimé. Ou bien, elle s’obstine toujours à rechercher le même genre d’homme, qui lui fera du mal après le moment de la rencontre, de la conquête, quand il laissera tomber son déguisement de Prince charmant. Oui, tout est possible… de se tromper mille fois, ou bien de trouver le bon, le seul, l’unique dès la première fois. Le hasard, peut-être… Ou plutôt l’équilibre : quand on est bien dans sa tête, en équilibre et en harmonie avec soi, quand on est tranquille, heureux, qu’on ne cherche pas personne, quand on est capable de vivre seul, heureux, on est lumineux : notre tranquille petit bonheur rayonne, les autres le remarquent. Alors, pour pouvoir aimer, pour pouvoir trouver l’autre, peut-être faut-il simplement être bien dans sa peau, être heureux, malgré sa solitude, s’y être habitué et l’avoir domptée et n’en plus souffrir, et ne rien attendre, prêt à recevoir, ne pas avoir d’idée préconçue et arrêtée sur l’autre, sur son physique, son caractère, ce qui l’intéresse… Non, il n’y a pas de formule qui définisse, qui explique pourquoi l’on est bien avec l’une, et pas avec l’autre. C’est une alchimie infiniment complexe, qu’on ne peut pas maîtriser. Bien sûr, parfois, des amis nous connaissent si bien qu’ils savent à peu près celui ou celle qui pourra allumer notre regard. Mais nous ne le savons pas nous-mêmes. Il ne faut pas le savoir, pas l’imaginer. Simplement se laisser aller au hasard, se confier au hasard, souriant et tranquille, plein d’assurance et le coeur tranquille, le coeur au repos, mais ouvert au miracle d’une rencontre… et sachant qu’après la rencontre, les choses plus compliquées commencent : nourrir cet amour au jour le jour, sans laisser les braises s’éteindre. L’amour, c’est quand on en est privé qu’on en comprend le mieux l’importance.
Allez, j’ai assez parlé. Aimez-vous les uns les autres. Ayez conscience du bonheur d’avoir quelqu’un pour qui l’on compte, et du bonheur de compter pour quelqu’un. Même si tout peut changer, si tout est impermanent, même si l’autre peut partir, ou bien mourir. Même si l’amour n’est qu’un instinct que la Nature nous a donné, il est si doux de le suivre… Même si nous sommes le jouet de cet instinct, de ce besoin, même si c’est une illusion, une décharge d’hormones que le bonheur et le désir diffusent dans notre corps de pantin, c’est si bon d’être deux, d’aimer, et d’être aimé… Et tant pis si on ne comprendra jamais pourquoi la Nature nous a joué ce tour ni comment ça fonctionne, comment l’amour nous ensorcèle et nous pousse à toutes les folies, toutes les bêtises, c’est si bon…

Fumer tue

2009/01/26

Tout le monde le sait maintenant, puisque c’est écrit sur les paquets de cigarettes : Fumer tue. Pourtant, on n’a pas l’impression que cela ait beaucoup changé les habitudes des fumeurs. Enfin, on en voit un peu moins, il me semble. Bon, il n’y a pas que fumer qui tue : conduire tue, faire du ski tue, … C’est vrai que j’ai de la chance de ne (presque) pas avoir fumé. Mes parents ne fumaient pas. Pourtant… je me souviens bien que, vers 12-13 ans, je ne sais plus comment je m’étais procuré une cigarette, j’avais essayé de fumer. Mais, au bout de 2 ou 3 bouffées, après avoir eu l’impression de m’étouffer, je me suis bien vite demandé : mais à quoi ça sert ? Et, à part quelques cigares, je n’y ai jamais retouché. Pourtant, j’aurais pu être comme beaucoup d’autres : dégager une odeur insupportable de résidu de combustion, avoir les doigts tâchés, donner l’impression d’avoir 10 ans de plus, la peau couleur de carton-pâte, le souffle court, affolé à l’idée de manquer de cloppes un soir, toussotant en invoquant un microbe imaginaire, les artères dans un sale état, l’érection difficile, la voix déformée, et les poumons bien goudronnés… J’ai eu de la chance… Pourtant, à l’époque, les gens ne savaient pas que fumer tue : ils étaient innocents. Oui, cela semble bizarre, mais à l’époque les gens savaient que ce n’était pas bien bon ; mais ils ne savaient pas que fumer tue à tous les coups. Bon, vivre tue aussi. Mais, sans tabac, on meurt plus vieux… Alors, aujourd’hui qu’on sait que fumer tue, ceux qui fument sont coupables : sciemment, ils se tuent à petites bouffées, sans penser à leur conjoint, à leurs enfants… Bon, vous me direz qu’il y a pire. Pas sûr… Le piège est puissant : publicités (avant), produits ajoutés pour donner un goût « agréable », et produits pour rendre le fumeur dépendant, bien sûr !
Alors moi, qui ne fume pas, je ne me sens pas solidaire de ces gens qui fument. Oui, je ne comprends pas que, lorsqu’il faut leur enlever un poumon, lorsqu’il faut leur faire de la chimio, lorsqu’ils coûtent mille euros par jour au moins lorsqu’ils sont hospitalisés, qu’on me demande (en me prenant des sous …) d’être solidaire avec ces suicidaires à petit feu. La solidarité des soins médicaux, elle est faite pour aider ceux qui ont été blessés par accident, ou à cause de leur héritage génétique, ou parce que leur vie a été dure (mineur, ouvrier exposé à des produits dangereux, comme l’amiante, …). Mais, je ne suis pas solidaire avec des gens qui se tuent à petit feu, sciemment, alors qu’ils ont été prévenus. Pour eux, c’est facile : ils attendent le premier symptôme (trop tard !!) pour se dire qu’il serait bien d’arrêter. Enfin, je n’ai jamais fumé, donc je ne sais pas combien la dépendance est puissante… Mais j’ai vu des proches s’arrêter, et j’ai vu l’amplitude de la difficulté : un jour pour arrêter et passer à autre chose, ou un an avant d’arrêter d’être insupportable. Alors, il vaut mieux ne jamais commencer ! Mais, allez donc dire cela aux enfants des collèges, voire du primaire ! Pour eux, c’est la suprême liberté de pouvoir fumer : ils sont grands ! Grands en connerie, oui. Grands comme des moutons qui veulent faire comme les autres pour avoir l’impression d’exister. Enfants mal protégés par notre société. Alors, faut-il instituer une assurance obligatoire pour les fumeurs, afin qu’ils payent pour leurs soin et leur enterrement histoire de les dissuader de continuer ? Faut-il faire des lois plus strictes encore ? Cela semble ringard (voire pire) ainsi de vouloir contraindre des gens à prendre soin d’eux-mêmes, pour leur bien et pour réduire la souffrance des familles. De quoi je me mêle ?! Pourtant, l’Etat le fait déjà : lorsque vous mettez votre ceinture, ce n’est pas pour éviter d’abîmer le pare-brise, c’est bien pour limiter les dégâts, limiter le nombre de morts, réduire le nombre de handicapés-moteur, pour réduire la souffrance des familles endeuillées ou meurtries à jamais.
Réfléchissez : avant, les gens fumaient moins (cela prend du temps de se rouler une cigarette), le tabac était moins nocif (moins de saloperies ajoutées). Et, de toute façon, ils mouraient souvent d’autre chose. En tout cas, une fois le cancer diagnostiqué, il n’était guère question de de radiothérapie ou de chimiothérapie : ils attendaient de mourir, dans leur lit. Maintenant, les gens savent que fumer tue, et ils savent aussi que, une fois la maladie diagnostiquée (souvent plus tôt), ils pourront compter sur la Médecine pour les aider à survivre encore de belles années. Mais, pendant ce temps-là, l’argent manque ailleurs pour soigner ceux qui sont malades « pas de leur faute », ceux qui sont victimes du hasard. Alors, je voudrais ne plus être solidaire avec les fumeurs, comme avec ceux qui font du ski hors-piste, ou ceux qui roulent trop vite dans des voitures en mauvais état… Mais il paraît que ça ne se fait pas : ça fait mauvais genre. Les principes de la Liberté exigent de ne pas les contraindre (il y en a qui n’ont pas bien compris ce que veulent dire les mots : Liberté, Egalité, Fraternité…). Et, en tout cas, je n’ai pas le choix…
Mais ce n’est pas dans nos pays d’occident que le mal grandit maintenant : les cigaretiers envahissent le marché des pays émergeant, en Afrique et en Asie. Ils y exportent la mort.
Dans « Idées Noires », de Franquin, il y a une superbe planche sur les risques du tabac : « Fumeux ! ». À mourir de rire !

Voir aussi les écrits du GISME, centre d’addictologie à Grenoble, avec qui j’ai (il y a longtemps) travaillé pour aider les fumeurs de mon entreprise à arrêter : http://gisme.free.fr (mais le lien pose problème apparemment…).

Calvin and Hobbes

2009/01/24

Jean Calvin, dit Calvin (Noyon, Picardie, 10 juillet 1509 – Genève, 27 mai 1564), est l’un des principaux théologiens français du protestantisme – ou encore, de la « Réforme ». Il est l’instigateur du calvinisme.
Thomas Hobbes (5 avril 1588 à Westport, Angleterre – 4 décembre 1679 à Hardwick Hall dans le Derbyshire en Angleterre) est un philosophe matérialiste-nominaliste anglais.

C’est à peu près tout ce que je sais sur ces deux personnages. Et je ne sais pas vraiment pourquoi Bill Watterson a donné ces noms aux deux personnages principaux de son unique oeuvre : Calvin and Hobbes.
Alors, « oeuvre » est peut-être un bien grand mot pour une bande dessinée qui paraissait dans les journaux ; mais cette « comic strip », comme ils disent là-bas en Chimérique, est très particulière, comme son auteur.
En Noir & Blanc essentiellement, un style de dessin très simple et qui n’a pas -ou si peu- évolué, quelques personnages, et une imagination extraordinaire. La série n’a duré que 10 ans. Calvin est le fils unique, 6 ans ?, de parents de la classe moyenne américaine. Calvin voit le monde d’une drôle de façon. Par exemple, il croit que sa peluche, Hobbes, représentant un tigre, est un vrai tigre. Enfin, il n’y a QUE lui qui le voit bouger et parler. Calvin est un enfant insupportable, le monstre que tout parent craint d’avoir, avec des idées folles, souvent en rêveries, nul à l’école, faisant bêtises sur bêtises, ayant une vision du monde … désaxée. Ce n’est pas vraiment un enfant, en fait. Hobbes, comme le vrai Hobbes, est le sage, le philosophe, mais pas toujours. À sa façon, il résume les petites folies de Calvin avec humour et … philosophie. Il est bien difficile de décrire ce qui, dans le monde de Bill, plaît tellement, mais je vais essayer, rapidement (mais d’autres en parlent bien mieux que moi). Le rire, d’abord. Bien sûr, c’est basé sur des petites choses, très simples, et c’est surtout construit sur la douce folie de Calvin et ses nombreuses bêtises : pour le bain, et la nourriture, l’école, ses relations désastreuses avec les (enfin, la !) filles, sa baby-sitter qu’il torture. Ensuite, l’observation des petites riens de la vie quotidienne, tendres. Et puis, un peu de la naïveté de notre enfance. Et la relation privilégiée entre Calvin et Hobbes : leurs discussions où, souvent, Calvin agit, et Hobbes commente avec philosophie.
On trouve C&H en français bien sûr. Mais on ne peut bien comprendre les détails qu’avec la version en VO, à cause des jeux de mots bien sûr, mais aussi et surtout à cause du parfum particulier des mots employés.

Le mieux, c’est de prendre un exemple, tiré de l’album « Weirdos », où Calvin philosophe sur le temps qui passe et sur la façon de le gaspiller jusqu’au moment où une catastrophe nous fait prendre conscience de la valeur de ce temps, mais il est trop tard…
LookOut Hill

Première bande :
The LookOut Hill - 1
Calvin: J’appelle ceci la colline « Lookout ». (Lookout veut dire deux choses : « point de vue » et « Attention ! Ecartez-vous ! »)
Hobbes: Oui, on peut vraiment voir loin depuis ici.

Deuxième bande :
The LookOut Hill - 2
Calvin: Je l’appelle la colline « Lookout » parce que c’est ce qu’on crie quand on la dévale.
Calvin: Tu sais, parfois il semble que le temps passe trop vite.

Troisième bande :
The LookOut Hill - 3
Calvin: Nous sommes si occupés par ce qui est juste devant nous que nous ne prenons pas le temps de prendre plaisir du lieu où nous sommes.

Calvin: Les jours passent et nous nous en rendons à peine compte. La vie devient floue.
Calvin: Souvent, pour nous ramener dans le présent, il nous faut une catastrophe.

Dernière bande :
The LookOut Hill - 4
Calvin: Puis soudain, nous nous réveillons et nous voyons toutes les erreurs que nous avons commises, mais il est trop tard pour changer quoi que ce soit.
Calvin: C’est comme… C’est comme…
Hobbes: C’est comme quoi ?
Calvin: C’est comme quelque chose… Mais je n’arrive pas à trouver quoi.

Voici la dernière planche du dernier album :
Magical World4
où Bill fait dire à Calvin :

It’s a magical world, Hobbes, old buddy.
… Let’s go exploring !

C’est un monde magique, Hobbes, vieil ami.
… Allons l’explorer !

Allez explorer le monde de Calvin & Hobbes !
Vous passerez de merveilleux moments !

Dr Tatiana’s Sex Advice To All Creation

2009/01/22

Connaissez-vous le Dr Tatiana ?
Il s’agit en fait de la biologiste Olivia Judson, spécialiste de l’évolution, qui a écrit un livre désopilant sur la sexualité chez les animaux : « Dr Tatiana’s Sex Advice To All Creation », en français : « Manuel universel d’éducation sexuelle à l’usage de toutes les espèces ». Que je n’ai pas encore lu. Mais ça ne saurait tarder ! En plus, elle tient un Blog (en américain…) au New-York Times. Enfin, elle sera loin de son blog jusqu’à l’été, mais des invités parleront.

Alors, juste un exemple, qui ne vient pas de son livre, si je me souviens bien, pour vous faire connaître un peu les pratiques sexuelles que la Nature nous a fait (heureusement) éviter : celles des punaises.
Les punaises mâles ne se fatiguent pas toujours à rechercher l’orifice copulatoire de la femelle : une fois la femelle trouvée, ils la « plantent » un peu au hasard. Pas de problème : les spermatozoïdes se débrouilleront tout seuls pour traverser le corps de la punaise femelle et rejoindre l’endroit prévu à l’usage sexuel normal, la fécondant.
Plus fort, les punaises mâles doivent être un peu … bizarres car ils se trompent souvent dans le sexe de leur « partenaire ». Peine perdue, me direz-vous… Et bien non, les spermatozoïdes de la punaise mâle piqueuse traversent le corps de la punaise mâle piquée et rejoignent le stock de spermatozoïdes de l’hôte qui, donc, risque bien de féconder une femelle avec le matériel génétique d’un autre mâle !

Alors, me direz-vous, cela ne risque pas de nous arriver, à nous Humains ! Et ben… si. Connaissez-vous l’histoire de cet américain blanc, qui avait eu la surprise de voir son épouse donner naissance à un enfant … noir de peau, et l’ayant accusée de l’avoir trompé ? Et bien, le trompeur n’était pas celle qu’il croyait, mais bien lui : ayant honoré une prostituée qui connaissait assez mal ce que le mot hygiène veut dire, le mari volage, lui-même peu porté sur une hygiène corporelle stricte, probablement à une époque où le SIDA n’était pas encore bien connu et où les MSTs n’étaient pas assez craintes, avait ramené chez lui, et donc chez son épouse…, les spermatozoïdes du client précédent, qui était Noir. Un père porteur, quoi !
Moralité : ne trompez pas votre femme ! Ou bien, un peu d’hygiène ! ou une capote.

La Beauté

2009/01/21

Dans le numéro 25 de la revue « Philosophie » est paru un article de Monsieur R. Enthoven intitulé : « La Beauté ».
Je n’ai pas aimé … du tout.

Voici ce que je leur ai écrit (apparemment, mon commentaire a fait mouche, puisqu’ils me citent dans le numéro suivant. À moins que ce ne soit parce que j’invoque la nécessité de relire Darwin, dont c’est le 200ème anniversaire de la naissance … et le sujet du numéro 26 !) :

J’ai lu l’article de M Enthoven plusieurs fois, quatre au moins. en espaçant mes lectures de plusieurs jours. Rien n’y a fait. Cet article sur la Beauté me paraît nul, insignifiant, inutile, creux, vide.
En un mot : pas beau.
Que du bla-bla joliment écrit. Une coquille doré sur du rien.
Pire, les seuls points intéressants qui apparaissent dans son texte : « mesure », « proportion », « symétrie », il les critique et les rejette.
Il ne dit rien sur ce qui nous pousse à trouver beau telle personne, tel objet, tel musique, etc.

Pas un mot essayant d’expliquer pourquoi la beauté existe. C’est-à-dire pourquoi nous sommes sensibles à certaines « formes » et pas à d’autres. Pourquoi certaines musiques nous font vibrer de plaisir, et pas d’autres. Pourquoi certains visages nous plaisent tant. Pourquoi certaines peintures nous enchantent. À quoi sert la beauté ? Rien non plus sur l’origine de la beauté : quand est-elle apparue ?

Pourtant, il y aurait eu tant à dire sur l’influence de notre Culture (judéo-chrétienne, bouddhiste, peuplades « primitives », …), ou de notre culture familiale ou personnelle (fréquentations des Musées, pratique d’un art, …), ou de la qualité de nos sens (ouïe, vue, …), voire même de notre état mental (insouciance de la jeunesse, calme de la maturité, …), sur notre définition personnelle de la beauté, qui n’est pas universelle. La beauté n’existe pas. C’est notre cerveau qui l’invente. Pourquoi ?

Pourquoi le piano m’ennuie, sauf Satie ?
Pourquoi j’aimais le Kène, alors que je le trouve insupportable maintenant ?
Pourquoi Picasso me semble bien souvent sympa, mais pas vraiment beau ?
Pourquoi certaines musiques et certains chants me font vibrer de plaisir, alors que beaucoup d’entre eux agacent (voire pire) mes amis ?
Pourquoi je préfère une fille simple au beau sourire plutôt qu’une beauté froide et triste ? Pourquoi je n’aime pas les grosses ?
Pourquoi, sortant d’une exposition sur les impressionnistes, je ne gardais le souvenir que d’un seul tableau, inoubliable, d’Auguste Renoir (jeune fille, avec des couleurs fortes et vives) alors que tout le reste me semblait fade, délavé, insignifiant, alors que la foule admirait les tableaux que je dédaignais ?
Pourquoi j’aime les poèmes d’Aragon alors qu’Hugo m’endort ?

Mieux encore, il y aurait eu tant à dire sur la raison d’être de la beauté. Pourquoi la Sélection Naturelle l’a choisie ? À quoi nous servait-elle avant, quand nous n’étions pas tant « civilisés » ? Quant nous étions des primates, ou des hommes primitifs.
Et la beauté vue par les animaux ? Car les animaux connaissent la « beauté » : elle leur sert pour choisir le bon partenaire, celui qui a les bons gènes et qui est en bonne santé. Les parades nuptiales animales servent à cela.

Alors, lorsque nous regardons une femme, l’animal en nous la « juge »-t-il à l’aune de sa santé apparente ? un visage symétrique (facile à mémoriser), une peau lisse et sans tâche (pas de maladies), une belle allure (indiquant qu’elle pourra enfanter et nourrir) ? Et lorsqu’une femme regarde un homme, ne le « juge »-t-elle pas à sa capacité à s’occuper d’elle et de ses enfants (sa taille et ses muscles !).
Alors, la beauté se serait-elle étendue du choix du partenaire à toutes nos activités ? Relire Darwin (La Filiation de l’Homme), peut-être bien !

Bref, philosopher, c’est essayer de comprendre le monde qui nous entoure et essayer de nous comprendre nous-même.
M. Enthoven n’a pas essayé de comprendre ce qu’est la beauté. Il n’est donc pas philosophe. Juste un « beau » parleur, dont la lecture ne laisse qu’une impression de vide désagréable et (heureusement) fugace.

S’exprimer

2009/01/21

Sur son Blog, au sujet de « Passion », Anaïs a dit :
“D’après moi, ce qui est très important, est de savoir s’exprimer pour ne pas tout garder en soi.”

Je lui ai répondu :

Dire les choses. Mettre des mots sur ses sentiments. L’Homme est langage. Dire ce qui nous fait souffrir nous soigne. Dire ce qu’on vit, ce qu’on fait, nous aide à mieux le voir, à mieux le comprendre. On peut ne le dire qu’à soi, dans un cahier secret. Ou on peut le dire ouvertement à tout le monde, impudique. Impudique, parce que rien n’a d’importance. De toute façon, tout mourra. Alors, soyons vrai. On peut dire les choses comme elles viennent : coucher sur le papier les idées et les mots qui surgissent. Ou on peut travailler ses idées, avec logique et organisation : chercher les mots qui, en plus d’être beaux, disent très exactement ce que l’on pense. Faire des vers et des rimes, parce que, sous la contrainte, on doit se dépasser et trouver la phrase qui coule, belle, simple, et chantante. La phrase que l’on trouve parfaite. La phrase qui, pour l’idée ou l’image à évoquer, est la plus simple et la plus courte qu’il soit possible d’imaginer. Aragon faisait cela. Il faut lire Aragon. Par exemple les poèmes de lui que j’ai rassemblés dans la page Poésies. Il faut lire Clément Marot, ce si jeune vieillard, dont la langue 5 fois centenaire n’a pas pris de rides. La beauté est dans la simplicité. Parfois, elle coule de nos lèvres ou de notre stylo, fruit magnifique et pur. Parfois, elle est le fruit d’un long travail, d’une longue préparation pour trouver les mots justes et les phrases belles. Ou alors, à partir de la matière brute sortie par instinct, on peut la travailler, comme tailler un diamant.
Il faut juste essayer et se laisser aller, tranquille. À force on s’habitue, à force cela devient facile, de dire, de s’exprimer.
Dire les choses, c’est étaler ses idées devant soi. Les regarder tranquillement. Mieux les comprendre. On ne sait vraiment quelque chose que lorsqu’on sait l’expliquer à une autre personne.

Astérix

2009/01/21

Le plus bel album d’Astérix est : « Le bouclier Arverne ».
C’est une magnifique histoire. Il y a une retrouvaille, vers la fin du livre, entre deux personnages qui s’étaient connus brièvement de nombreuses années auparavant. Or, les deux hommes ne peuvent se reconnaître que s’ils ressemblent à ce qu’ils étaient à cette époque. Or l’un des deux, Abraracourcix, le chef du village gaulois qui « résiste encore et toujours à l’envahisseur romain », est devenu presqu’obèse, à force d’être porté sur son bouclier. D’ailleurs, à force de bien manger et de bien boire, banquets après banquets, son foie le fait terriblement souffrir : il est malade, il faut qu’il se soigne.

Et là est le noeud de l’histoire : le bouclier est l’objet à rendre à l’autre personnage, et un bon régime est le seul traitement pour sa maladie, à pratiquer dans une ville d’Auvergne.

Alors l’album n’est qu’un aller-retour : voyage entre deux lieux, et élasticité du tour de taille d’Abraracourcix.

À l’aller, Abraracourcix maigrit, maigrit… jusqu’à ce que, redevenu le svelte guerrier qu’il était lorsqu’il a reçu le bouclier qui appartenait à Vercingétorix, il est reconnu par celui qui est son légitime propriétaire.

Ensuite ? Et bien, c’est logique : retour au village, et reprise de poids par Abraracourcix, qui devise : « Un bon fromage fait digérer tout le repas ! » ou « Quand les produits sont bons, ça ne peut pas faire de mal ! ».

Je trouve cette histoire magnifique à cause de cet aller-retour, à la fois dans l’espace et un corps, qui ne sert que pour un bref instant : la retrouvaille et la transmission du bouclier.

Bref, dans Astérix, il y avait (au début…) des histoires, des relations humaines, et de l’humour. Beaucoup d’humour. Je n’ai jamais aimé Tintin : il est trop sérieux ce gars ! il ne sourit ni ne rit jamais ! sauf quand il a trop bu ou qu’il est drogué. Le sérieux et la tristesse étalée dans tous ces albums, c’était insupportable. Je ne lisais (presque) qu’Astérix.retour

Mourir

2009/01/21

Je mourrai demain. Ou après-demain. Ou bien après-après-demain. Ou …
En fait, je ne suis pas pressé, pas pressé du tout !

Mais finalement, la mort n’est rien. Comme disait Marc Twain (enfin, d’après Richard Dawkins…) :  » Je n’ai pas peur de la mort. J’ai été mort pendant des milliards et des milliards d’années avant de naître, et je n’en ai pas souffert le moins du monde ».

Alors, avant de naître, on n’était pas. Après notre mort, nous ne serons plus. C’est simple, finalement, et je ne vois pas pourquoi certains en font tout un plat !

Par contre, c’est ce qui se passera avant ma mort qui m’inquiète un peu… C’est plutôt cette dégradation lente mais continue (voir rapide !) de mes capacités physiques et intellectuelles (déjà que je n’ai pas été bien gâté, et que j’en ai déjà gaspillé une bonne quantité !) qui me pose souci…

Ne plus pouvoir apprécier la musique. Avoir du mal à comprendre ce qu’on me dit. Ne plus pouvoir faire de longues et belles ballades en montagne. Ne plus pouvoir faire l’amour, ni même se souvenir de ce que c’est. Avoir beaucoup de mal à lire les plus grandes lettres chez mon ophtalmo. Devenir incontinent. Marcher avec une canne, ou ne plus du tout marcher, mais plutôt rouler, poussé par une très belle infirmière, qui ne me fera plus aucun effet. Oublier ce que j’ai fait le matin même mais me souvenir très bien de quelque journée d’il y a … 70 ou 80 ans avant. Perdre des morceaux (un bras, un oeil, une jambe). Avoir du diabète ou une autre sale maladie et devoir prendre des médicaments à vie. Attraper le palud et se sentir envahi de petits aliens. Mettre un chapeau à l’intérieur à cause du soleil, ou me trouver des boutons carrés, ou m’inquiéter pour mon fils aîné (mon aîné est une fille). Devenir le poisson rouge de Bigard : ne me souvenir des événements récents que pendant quelques minutes et puis oublier… Ca semble marrant dans certains films… quand l’amant doit, tous les matins, reconquérir son aimée, qui ne sait plus qui est cet étranger dans son lit… Baver sur moi. Etc.

Charmant tout ça… Pourtant… tant qu’on est en vie, il y a des plaisirs… celui d’être en compagnie des enfants et de voir le mystère de la Nature à l’oeuvre, de voir une personnalité se construire, de se demander ce que sera la vie de cet être, de ce corps-âme en développement, et de se demander s’il se rend compte que lui aussi un jour sera ainsi : un vieillard décrépi.

Enfin, on peut aussi partir brutalement : accident de voiture, accident en montagne, crise cardiaque, rupture d’anévrisme, etc. Il y a pléthore de mauvaises surprises possibles… (Nous ne sommes qu’une machine, certes formidablement compliquée et solide, mais avec une garantie limitée dans le temps…) Genre cancer, avec la souffrance et la morphine, et les chimiothérapies qui vous récurrent l’intérieur, alors que la tumeur se recroqueville en laissant passer l’orage. Avec un « pronostic vital engagé », comme ils disent ! Avec le Professeur qui parle en souriant d’un autre traitement possible expérimental, et -derrière- la gueule des internes, qui ont déjà prévu de déplacer votre lit dans l’une des chambres du fond, celles plus tranquilles, réservées à ceux pour qui il n’y a plus d’espoir. Charmant.

Et puis, un peu d’optimisme : certains vivent très bien jusqu’à un âge très avancé. Et, un matin, il ne se sont pas réveillés. Comme dit Twain encore : « Les lits sont un endroit très dangereux : 99% des gens y meurent ! ».

On verra bien. En tout cas, pour revenir à mon père, finalement je pense qu’il n’a pas choisi la bonne solution. Tant pis pour la misère. Tant pis pour tout ce qu’il n’aurait plus pu faire. J’ai des collègues handicapés, sur fauteuil à moteur, et qui travaillent, et qui sont heureux (en apparence peut-être. Mais peut-être bien en profondeur, une fois fait le deuil de tout ce qui aurait pu être leur vie mais qui n’est plus possible, une fois acceptée cette situation injuste mais dont on ne peut se libérer). Il aurait pu être là et me parler pendant plusieurs années encore, m’aidant à devenir un homme, alors qu’avant il me parlait si peu. Parce que, dans ces temps-là, les parents ne parlaient pas vraiment à leurs enfants… En tout cas, pas les miens.

Alors, profitons de la vie comme si c’était le dernier jour, et apprenons comme si nous devions vivre éternellement. Et, ces jours-ci, j’ai envie d’écrire, de dire, de façon impudique, ce qui me passe par la tête. Or, bien que, comme Obélix (« Les lauriers de César » ?), il y ait des moments où il n’y a rien qui passe dans ma tête, ces temps-ci les idées se bousculent au portillon. Je vais laisser la porte ouverte.